mercredi 3 janvier 2007

Revue de presse : « Le Lion devenu vieux »


" Se représentera ou se représentera pas?”, c’est la question que se posent les éditorialistes, à l’image de Patrice Chabanet du Journal de la Haute Marne, au lendemain de la longue interview accordée par Jacques Chirac au Figaro.
"Qu'un président présente lui-même les résultats du chômage, et de surcroît dans un journal, c'est le signe que ce président a bien autre chose à dire », affirme Jean-François Montémont dans le Courrier Picard. « Son discours est-il celui d'un préretraité? Serait-ce aussi celui d'un homme en roue libre qui préparerait un long voyage sous les cocotiers? Certainement pas ».
Une analyse sur laquelle s’accordent tous les éditorialistes. Selon eux, le message principal de l’interview de Jacques Chirac porte, non pas sur le chômage, mais sur sa possible candidature aux élections présidentielles de 2007 .« Jusqu'au terme de son mandat ou presque, Jacques Chirac est bien décidé à ménager un véritable suspense sur sa volonté soit de tenter un incroyable triplé, soit de se retirer dans ses terres corréziennes », commente Gérard Noël dans la Liberté de l’Est.
Pourquoi le président Chirac choisit-il de laisser ainsi planer le doute sur sa candidature ? Les lectures de la « stratégie chiraquienne » différent. Pour Hervé Favre de La Voix du Nord, « Jacques Chirac et ses fidèles ne se sont toujours pas résignés à une candidature Sarkozy». Selon lui, « lorsque le président de la République dit qu'il se déterminera en fonction de ‘l'intérêt de la France’, il sous-entend que le probable candidat de l'UMP [Sarkozy] pourrait, à ses yeux, ne pas répondre à ce critère. »
Il s’agirait donc avant tout de bloquer la route de l’Elysée au ministre de l’Intérieur. Une analyse que partage Michel Noblecourt du Midi Libre. « M.Chirac a choisi d'interpréter un nouveau rôle, celui de gêneur», affirme-t-il. « Ce faux suspense est une arme de dissuasion. Jusqu'à la dernière minute, le président de l'UMP n'aura pas le champ libre. » Et Hervé Fabre de confirmer que Jacques Chirac serait ainsi « prêt à tout pour faire émerger une offre concurrente, portée par ‘l'esprit du gaullisme’ ». Il pourrait alors effectivement choisir de se présenter, ou préparer le terrain à « Michèle Alliot-Marie, qui rêve à haute voix de tenir à droite le même rôle que Ségolène Royal à gauche », ajoute le journaliste de La Voix du Nord.
Mais Jacques Chirac « sera-t-il assez fou pour se représenter à 73 ans ? » se demande Jean-François Montémont, dans le Courrier Picard. « On peut le croire. »
Une affirmation que rejette Pierre Tarribo du Républicain Lorrain. Pour lui, l’interview de Jacques Chirac marque avant tout une volonté de reprendre la main. « Jusqu'au bout, il veut rester maître du jeu. Pour y parvenir il laisse courir la rumeur d'un troisième mandat. » ; mais « chacun sait bien que le vieux fauve de la politique est trop lucide et trop expérimenté pour y croire lui même » argumente-t-il. Si Jacques Chirac s’applique a laisser planer le doute, c’est donc parce qu’ « il n'a vraiment qu'un souci : soigner l'image qu'il laissera à la postérité » .
Une idée que partage également Patrice Chabanet du Journal de la Manche : « l'activisme et le volontarisme de Jacques Chirac visent surtout à redorer un blason passablement terni par l'exercice du pouvoir. » Ce serait pour le président la « seule façon d'éviter un départ par la petite porte. »
Si les points de vue différent sur la réalité de la candidature de Jacques Chirac, les éditorialistes sont en revanche d’accord pour souligner qu’il faudra le surveiller. « Il a humé l'odeur qu'il préfère entre toutes, celle du combat électoral, et, tel un chien de chasse, il s'est mis à courir » prévient Patrick Fluckiger dans l’Alsace. « L'homme n'est jamais meilleur que quand il a pris des coups et ces derniers temps il n'a pas été épargné tant par ses amis que par ses adversaires », confirme Jean-François Trémont. Nicolas Sarkozy devra ainsi rester vigilant, si l’on en croit Michel Noblecourt du Midi Libre, car selon lui, « si le gêneur [Chirac] ne parvient pas à ses fins, il lui restera alors à se muer en empêcheur de victoire. »
Un avertissement que relaie Patrick Fluckiger, rappelant qu’ « une chose, toutefois, est sûre : ce Chirac-là, celui des combats électoraux, a toujours été redoutable. Giscard, Balladur et Jospin en savent quelque chose, Nicolas Sarkozy pourrait le vérifier prochainement. »

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