mercredi 3 janvier 2007

Interview : Yann Pusztaï, la corde sensible


A 25ans, Yann Pusztaï étudie actuellement le journalisme à Paris. Pourtant, le jeune homme d’origine hongroise n’a qu’une ambition : vivre de sa passion, le jazz. Budapest, Paris, New York : il voyage, la guitare à la main, pour apprendre encore et toujours. Regard bleu translucide, et lucide, sur la voie qu’il a choisie.


- De la Hongrie à la France, du piano à la guitare, du heavy metal au jazz, du Conservatoire de musique au master de journalisme, votre parcours est assez atypique.

C’est vrai, mais ma vie tourne autour de la musique. Je suis tombé dedans petit, et n’en suis jamais sorti depuis. Mon oncle est guitariste de jazz. Moi, j’ai commencé par le piano au Conservatoire, mais c’était trop scolaire. Par contre, j’ai toujours aimé le jazz, même si j’ai eu ma période « métalleux aux cheveux longs » ! C’est après m’être mis à la guitare, et grâce à l’école de musique ATLA, que le jazz est devenu une vraie passion. J’aimais le jazz, mais en l’étudiant, je l’ai « compris ». Depuis, même si j’écoute autant du classique que du metal, je ne joue plus que ça.

- En quoi consiste la vie d’un jeune musicien de jazz à Paris ?

Mon but est de vivre de ma passion. Il y a des jours où je suis plus optimiste que d’autres, c’est extrêmement dur de percer. Du coup, je continue mes études, même s’il est difficile de concilier les deux. Le journalisme, c’est intéressant, mais je ne me vois pas critique musical, ce sont trop souvent d’ex-musiciens aigris. Avec mon quartet, on fait des petits concerts, on envoie des démos aux labels spécialisés. Pour le moment, pas de réponse. Ca marche beaucoup par connections, encore plus à Paris qu’à New York. Mais je veux croire qu’un bon musicien, qui travaille, y arrivera. Là, je peaufine mon son. Au bout du compte, le son est toujours dans les doigts, il vient de toi. Après, il plait ou non.

- On reproche souvent au jazz d’être une musique élitiste. Est-ce un stéréotype ou pensez-vous que le jazzman et son public entretiennent des rapports particuliers par rapport à ce qu’on peut constater pour d’autres styles musicaux?

Il y a différents niveaux de lecture dans le jazz. Vous pouvez aimer sans connaître, mais je pense que pour en prendre toute la mesure, il faut soit être un mélomane fou, soit avoir étudié la théorie. Ce qui me touche chez un grand comme Mike Stern, c’est autant la structure du morceau que sa richesse harmonique. L’expertise du public, si elle réduit le nombre d’amateurs, permet justement l’échange. C’est vrai qu’à Paris, les gens peuvent être un peu coincés et accompagner les concerts de hochements de tête intellos. A New York, c’est plus cool. Mais en concert, je ressens ce que tout musicien ressent, quel que soit son style musical : la moiteur des mains fait vite place au plaisir, à un échange intense avec le public, dont on sort vidé. Vidé, mais heureux.

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