mercredi 21 mars 2007

Enquête : Les oubliés du Canal Saint Martin

Après trois mois d’occupation, il reste une soixantaine de tentes de sans-abri le long du canal Saint Martin, sur les 260 qui occupaient les berges au plus fort du mouvement. Malgré le « plan d’action renforcé » mis en place par le gouvernement le 8 janvier et la promesse de départ faite par le leader des Enfants de Don Quichotte, la situation ne cesse de se dégrader pour les quelque quatre-vingt SDF restants et les riverains, excédés par les nuisances sonores et l’omniprésence de drogue et d’alcool. Chronique d’une explosion attendue.


Sur la passerelle qui enjambe l’écluse du Quai de Jemmapes, dans le Xéme arrondissement de Paris, quelques passants s’attardent, appuyés contre la balustrade. Le soleil a déjà disparu derrière les immeubles, une brise glaciale souffle par intermittence. Une sonnerie stridente retentit soudain. A quelques mètres en contrebas, les barrières du pont tournant s’abaissent : une péniche de touristes s'apprête à franchir l'écluse. L’un des badauds, petite trentaine et look baroudeur, sort son appareil photo et commence à mitrailler. Mais ce n’est pas la mise à niveau des eaux du canal qui l’intéresse. Agrippé à la balustrade, un petit garçon observe lui aussi la berge : « C’est quoi toutes ces tentes maman? C'est qui les gens ?» La mère, embarrassée, se lance dans une explication plutôt floue, avant d’entraîner plus loin son bambin. Deux touristes allemands prennent leur place, échangent tous bas quelques mots avec des moues mi-fascinées, mi-dégoûtées.

Le spectacle, c’est la soixantaine de tentes qui s’alignent toujours le long du canal, à hauteur du Quai de Valmy. Le camp ne ressemble plus vraiment aux images qui inondaient la télévision à la mi-décembre : 260 tentes rouges, un petit village, grouillant de bénévoles et de riverains venus apporter de la nourriture ou du café, des SDF militants, le leader des Enfants de Don Quichotte, Augustin Legrand, en héros des opprimés, des journalistes partout.

Alors que la nuit commence à tomber, deux petits groupes de SDF à la démarche lourde, au verbe haut, inintelligible et alcoolisé, errent entre des tentes sales à moitié effondrées, couvertes de graffitis. « Après le plan d’action renforcé du gouvernement, les Don Quichotte avaient promis de lever le camp. Et regardez ça, non seulement les SDF sont toujours là, mais c’est devenu un véritable dépotoir, » se plaint un passant. « Avant, je marchais le long du canal pour rentrer du travail parce que c’était une belle balade. Maintenant, je prends le trottoir et je me bouche le nez. » Il est vrai que malgré la présence d’une cabine WC - une seule, pour une petite centaine de personnes-, l’odeur acre de l’urine empeste le campement. « Je comprends que les riverains en aient marre », ajoute l’homme avant de s’éclipser.

L’attitude des habitants du quartier a en effet changé. L’élan de solidarité a peu à peu faiblit, laissant place, au bout de trois mois d'occupation du canal, à un ras-le-bol généralisé. « L’alcool, la drogue, le bruit, les rixes, à toutes heures du jour et de la nuit, c’est vraiment plus possible. On appelle les flics, mais je pense qu’ils ont reçu la consigne de ne pas intervenir », témoigne Odette Moune de l’Association des Riverains du Canal Saint Martin, crée en 2001, bien avant l’arrivée des tentes, mais déjà dans le but de manifester contre les nuisances sonores de groupes de jeunes et de sans-abri. « Au début je venais apporter des denrées, on était avec les SDF. Avec l’annonce du plan de janvier, on a vraiment cru avoir gagné, et pour eux, et pour nous. Mais après les premiers départs, la situation, au contraire, a empiré. Encore une fois, et pour eux, et pour nous. Le camp part à vau l'eau. Ça fait des mois qu’avec les assos’ type Emmaüs et compagnie, on tire la sonnette d’alarme. Mais pas que nous : regardez le rapport de la Cour des Comptes de Seguin sur le traitement des SDF. Pourtant, rien ne se passe au gouvernement. Des paroles, rien de concret. La situation pourrit, les rues se vident ».

Pourtant, en cette fin d’après midi, les passants en poussette, rollers ou vélos, sont encore nombreux et le Café du Canal, au coin de la rue de la Grange aux Belles, ne désemplit pas. Sam, un des serveurs, hausse les épaules : « Pour nous ça n'a rien changé, enfin je crois pas, non », marmonne-t-il, avant de se reprendre : « Mais on a beaucoup d’habitués. Un truc comme ça, c’est sûr que c’est pas trop bon pour le commerce, demandez donc à Marie, de la libraire d’en face! » Mais chez « Design Bookstore », comme au restaurant « Chez Prune » ou au magasin de vêtements « Quai 71 », les commerçant se défendent de considérer le campement comme une nuisance. C’est toujours au commerce d’à côté ou d’en face qu’on attribue les plaintes. « Les gens sont hypocrites s’ils vous disent qu’ils s’en foutent : ils font des pétitions, ils portent plainte, ils envoient les flics. Des sourires devant et des coups de poignard dans le dos. Moi je comprends qu’ils en aient marre, alors justement, pas besoin de coups en douce ». L’adepte du franc parlé, c’est Jean. Stationné à côté du coin ravitaillement (une table avec de l’eau chaude pour le café et quelques bidons d’eau minérale sous une bâche bleue qui claque au vent), aux côtés de deux agents de sécurité envoyés par la mairie, il surveille le camp. « Je suis bénévole Don Quichotte pour la sécurité maintenant, mais il y a un mois, j’étais l’un deux. »

Avec Jean « pas aigri, mais lucide », gouvernement, associations, riverains, sans-abri, tout le monde en prend pour son grade. « Les Don Quichotte ici, ben, y en a un, moi. Ils nous ont aidé, c’est sûr. Mais maintenant qu’ils ont eu leur pub et fait ami-ami avec le gouvernement, y a plus personne. C‘est aujourd’hui que ça va mal, avec ceux qui restent, mais ils sont plus là. Je suis bien placé pour voir le dessous des cartes : j’ai fait les tentes, le Fort, et le foyer Saint Jacques. » Le Fort en question, c’est celui de Nogent-sur-Marne, réquisitionné par le gouvernement. Le 22 février, Dominique de Villepin le présentait sur France 2 comme « la réponse à la situation du canal », pour le départ des derniers SDF. « Sauf que le fort, y a belle lurette qu’il est plein, affirme Jean. Là-bas, y a pas à dire, c’est le luxe : on est à trois dans 53m², y a un grand parc, pas d’horaires, et on nous donne une carte orange 3 zones. J’y ai passé une nuit, et on m’a transféré au foyer Saint Jacques, près de Denfert : on est 2 dans 12m², pas de tickets de transport, et si tu rates le p’tit déj à 7h30, c’est foutu pour la journée. » A la télévision, De Villepin avait aussi promis « une réponse en matière d’hébergement longue durée ». « Vous savez , les médias, à part pour venir nous filmer comme des animaux de foire…Mes infos, je les lis dans Metro, et c’est des conneries. Il y a bien eu quelques vrais logements de distribués, mais surtout pour les familles. Ça, c’est bien normal, mais pour la majorité d‘entre nous, ils proposent que du provisoire. Au Fort comme à Saint Jacques, on nous a prévenus : c’est pour six mois. Après, si on a pas trouvé de boulot, c’est dehors. Et vous croyez vraiment que des gens comme nous vont trouver du boulot en 6 mois? » Pour Jean, le gouvernement cherche à les amadouer, « au moins jusqu’aux élections. » « Rien n’est réglé », interrompt Serge, un des gardes employés par la mairie. « Dans le camp, une bagarre peut éclater à tout instant. Mais beaucoup de relogés provisoires reviennent ici nous parler : toute la situation est une énorme bombe à retardement. »

Jean, qui acquiesce, a également son mot à dire sur les sans-abri qui restent. « Il y en a quelques uns qui pensent vraiment que la lutte continue »,dit-il en citant notamment les SDF qui ont crée un collectif dissident des Don Quichotte, ‘Les oubliés de Saint Martin‘. « Mais la plupart des gens qui restent là ne partiront jamais. Il y a trois catégories : ceux qui veulent pas bouger parce qu’ils ont des rêves de grandeur et voudraient qu’on leurs file un F3 pour rien; les poivrots, qui même si on leurs donnait un logement, le transformeraient en porcherie et préfèrent de toute façon vivre en bande dans les rues; et les sans papiers, qui risquent pas d’être relogés. Le SAMU peut camper là des mois, ça changera rien. »

En effet, de l’autre côté du canal, dans leur camionnette blanche, deux membres du SAMU Social, Éric et Stéphane, viennent de prendre le relais de l’équipe de jour. « On est là presque 24h sur 24, confirme Éric. On essaye de trouver des solutions au cas par cas. Évidemment, les derniers sont les plus durs à faire partir. Certains sont trop alcoolisés ou drogués -donc dangereux- pour pouvoir être placés en foyer, beaucoup relèveraient de la psychiatrie. Et puis il y a les étrangers : des Roumains, des Algériens, des Romes… Certains ne parlent pas du tout français.» Les deux bénévoles se regardent, secouent la tête, finissent par avouer qu’ils sont désemparés. « Maintenant que les médias sont occupés par la présidentielle, on est seuls : les associations, le gouvernement, plus personne ne fait d’effort quand il n’y a plus les caméras. Alors ça s’éternise.. » Des invectives fusent soudain. Près d’une banderole déchirée « Ni tentes, ni foyer, ni hôtel », deux hommes visiblement éméchés se disputent une bouteille. « Ça va vraiment mal finir » , commente Stéphane.

Vendredi 16 mars au matin, deux sans-abri, Louis et Réza, ont été retrouvés morts dans leurs tentes. Overdose de méthadone semble-t-il. A la suite des voitures de secours et de police, les caméras des journalistes ont refait leur apparition. Aussitôt, le leader de Enfants de Don Quichotte et les élus socialistes et communistes du Xème ont exprimé leur révolte, et la nécessité d’en finir, « au plus vite » , avec cette déplorable situation.

vendredi 2 mars 2007

Portrait : Fallen Santa

« Are they still here ? » he shyly enquires. Standing ten meters away from his usual spot, half-hidden behind a wall, Jean glances nervously at the RATP agents. They are stopping passengers to verify their tickets on the very spot where Jean stands all year long to beg, in the corridor between line 3 and 4 at the Réaumur-Sébastopol station. « It’s the third day in a row they’re here », he adds, slowly shaking his head, resignedly putting his shoulders back against the wall. Even tough it is obvious by the look on his face, he will not dare say aloud that this disruption of his routine upsets him. His movements are slow, his words scarce. Head bowed, his chin on his chest, his eyes cast downward, he holds a piece of cardboard. Just one word, neatly written in block letters : “Merci”. He seems oblivious of the flow of people passing by. With his white beard, round belly and the worn red coat he always wears, he looks like a fallen Santa.

A young woman in a suit approaches, smiling as she comes closer. He raises his head and stretches out a lightly shaking hand she kindly takes in both hers. “Good morning, how are you today? The agents keep bothering you, don’t they?”, she inquires, slipping a coin in his hands. A shy smile wrinkles his face, his eyes meet hers for no more than a few seconds, his voice is a whisper : “I’m fine, thank you. Have a good day miss”. “He is so nice and polite, he reminds me of my grand father, the young woman explains, it breaks my heart to see him here. You can tell that he is ashamed of having to beg. I don’t know his story, he is really shy. I stop by every day on my way to work, sometimes to give him something, sometimes just to exchange a few words.”

Jean won’t tell his age, but he seems to be around sixty. Twenty years in the streets have made him hard to win over. He does not complain, leaving to guess what his life is through his silences, or what he doesn’t tell, more than through his words. His routine is what keeps him going. “The shelter closes at a quarter to six, just around the time the metro opens, he explains. If I have any money left from the day before, I have a coffee in a bar. But I don’t linger. The best hours are when people go to work.” He does not acknowledge it plainly, but Jean never has lunch, preferring to save money in case the shelter is too packed and he has to find a hotel. Managing to sleep in a bed and have a shower every day are his unspoken pride. “I prefer not eat much but sleep in a bed”, he admits. With few words, he infers that sleeping in the streets is too dangerous for a man of his age. “The young regroup, they have dogs. I’m not very strong...” he confesses. But shelters are sometimes not much better. “You are supposed not to drink to be allowed to sleep here, but they manage to sneak bottles inside.” “I don’t drink” he adds, a glint of pride in his eyes. He doesn’t want to tell what led him here, but a few pieces of the puzzle slip through as he speaks. The death of a teenage girl, a broken marriage, the loss of his job. An ex-wife and an other daughter, somewhere. “I try not to think of my old life. You have to go on.”

Finding out that the RATP agents have finally left, he goes and takes his favourite spot. “I don’t blame people for not paying attention to me, he says. When I stand here, I myself try to forget about them and think of anything but what I am actually doing.” “Beg” is a word he will never utter. “Some are actually very nice, they say ‘hello’, even when they don’t have money to give, or they bring me something to eat when they are afraid I would spend the money on wine. I would never, but I don’t blame them for thinking that, stereotypes are sometimes founded. This one is”, he simply states.

It is around ten, the number of people is now scarce. “Time to go”, he says as he leaves, “thank you for the conversation.” Jean will be back at his spot around five, as the crowd fills the metro on its way home. What he does during the day, like many aspects of his life, past and present, remains a mystery.

dimanche 18 février 2007

Revue de presse : La rançon de l'or noir

Le groupe Total, première entreprise française au CAC 40, va-t-il passer entre les mailles (bien souvent larges à l’égard des pollueurs) du filet de la Justice ? C’est la question que se posent les éditorialistes à la veille de l’ouverture du procès de la catastrophe de l’Erika en décembre 1999.
Gérard Noël, dans La Liberté de l’Est, fait un navrant constat : les procès contre les bateaux-poubelles responsables de catastrophes écologiques se suivent et se ressemblent. En quelques mots, il dépeint les acteurs, bien connus, du procès à venir : « Sur le banc des accusés se côtoient les membres d'un trio indissociable : l' armateur, qui n'a réparé son navire pourri qu'a minima, l'affréteur, Total, qui connaissait l'état de vétusté de l'Erika et à qui il est reproché d'avoir malgré tout intimé au capitaine l'ordre de faire route, et le capitaine, qui, sachant les risques encourus, a tout de même obtempéré. »
Pour Bernard Revel de L’Indépendant du Midi, il est également évident que « si les responsabilités semblent couler de source, ceux qui les portent sont déterminés à se battre pour n'avoir pas à les assumer. » Rappelant que le groupe est « poursuivi pour "complicité de mise en danger d'autrui" et "pollution maritime" », il espère que les « soixante-dix parties civiles, Etat et plusieurs Régions en tête, vont tout mettre en oeuvre pour que ce crime ne reste pas impuni. »
Tous les éditorialistes prônent en effet un condamnation de Total pour le naufrage de l’Erika, que Bernard Revel qualifie de « crime contre la nature », Jacques Guyon de La Charente Libre, de « drame écologique majeure », et Gérard Noël, de « catastrophe grandeur nature ». Et de dénoncer les manoeuvres du premier groupe français pour échapper à la justice. Pour Bernard Revel de L’indépendant du Midi, Total « confie ses produits à des navires et, pour le reste, s'en lave les mains ». Une stratégie de « l’opacité comme moyen de camouflage», selon Gérard Noël, qui dénonce « l'écran de fumée mis en place par Total pour se dédouaner, à l'aide de sociétés maltaise et libérienne ». Pour Jacques Guyon de La Charente Libre, l’attitude du groupe pétrolier à l’égard des poursuites relève d’un insupportable cynisme. Il rapporte ainsi que devant l’exposé du prix payé par les espèces menacées lors du naufrage de l’Erika, « l'avocat de Total a cru adroit de répliquer: "l'émotion submerge la raison" ». Selon lui, ce procès est également celui de « l’éthique » de l’entreprise, dont le refus de prendre ses responsabilités est « aveu d'immoralité ». Il rappelle d’ailleurs que Total « figure déjà en dernière position des trente grandes entreprises françaises en terme d'image au dernier classement Ipsos. »
Tous les éditorialistes sont d’accord : Total doit payer. Car, comme le souligne Gérard Noël dans La Liberté de l’Est, « les sociétés pétrolières s'estiment trop souvent au-dessus des lois ». Une condamnation de Total constituerait donc pour elles « un avertissement salutaire les touchant au seul endroit où ça leur fait mal, leur coffre-fort. » Et Bernard Revel de préciser, dans L’Indépendant du Midi, que le groupe, qui va annoncer des bénéfices records, a indubitablement les moyens de payer : « de 12,27 milliards d'euros en 2005, ses bénéfices devraient dépasser les 15 milliards en 2006 », croit-il savoir.
François Tartarin, dans la Nouvelle République du Centre Ouest, préfère quant à lui revenir sur les avancées en matière de législation qui ont suivi la catastrophe de l’Erika. Même si « beaucoup reste à faire », il souligne les efforts de l’Union Européenne de « rendre ses ports inaccessibles aux pétroliers à simple coque », « d’améliorer les procédures d'inspection » et « d’organiser la sanction des auteurs de pollutions maritimes. »
Toutefois, dans l’attente d’« un nécessaire renforcement du dispositif européen de sécurité maritime », si Total échappe à la condamnation, ce seront encore « les collectivités locales (donc les contribuables) qui continueront d'être les cochons de payants des dégâts écologiques occasionnés par les voyous des mers », constate Gérard Noël dans la Liberté de l’Est. Et Jacques Guyon d’ironiser : « il est des "fleurons" de notre économie qui font décidément et durablement tache. »

Paris Rive Gauche : Nouveau quartier cherche habitants

Entrepris en 1991, les travaux de rénovation de Paris Rive Gauche ont radicalement changé le visage de ce quartier du XIIIème arrondissement, l’ancrant définitivement dans la modernité. Mais ce « lifting » architectural et économique ne peut en lui seul faire revivre le quartier. Reste à le faire « habiter ».

A l’est, la gare d’Austerlitz. A l’ouest, le boulevard Masséna. Encadrée au nord par la Seine et au sud par la rue Chevaleret qui jouxte la voie ferrée, se trouve l’ancienne zone industrielle du XIIIème, avec ses Halles, ses Frigos, ses Moulins. Quartier à vocation nourricière au temps de sa splendeur, la fermeture des Halles de Paris et l’ouverture du marché de Rungis dans les années soixante ont peu à peu mené à son abandon. Un espace dépeuplé, à l’architecture austère, en mal d’activité. Jusqu’à 1991 et l’érection, au coeur des bâtiments délabrés, des quatre monumentales tours vitrées de la Bibliothèque Nationale de France. Un monument radicalement moderne, la « première pierre » du projet de rénovation de l’ensemble du quartier. Cette opération d’urbanisme, d’une ampleur inégalée depuis les travaux Haussmanniens du XIXème, et confiée à la Semapa (Société d'économie mixte d’aménagement de Paris), est baptisée « Paris Rive Gauche ».

Le ciel est bleu azur. Les nouveaux bâtiments de verre, dessinés par de célèbres architectes, ont poussé comme des champignons. Des plaques dorées portant le nom de sièges sociaux, des banques aux pieds des immeubles, le quartier apparaît comme un « pôle économique fort, nouveau dynamisme pour l’est parisien ». Autour du grand complexe cinématographique MK2, des logements flambant neufs. Le long des rues au tracé géométrique, les tâches de couleurs des enseignes des commerces de proximités se multiplient, créant un « nouvel espace de vie » . Régulièrement, au détour des immeubles, des espaces verts. Squares et parcs témoignent de la volonté de promouvoir la « mixité urbaine », un équilibre entre qualité de vie et zone d’activités. Les innovations, comme la surprenante piscine flottante ou la délicate passerelle Simone de Beauvoir, cohabitent avec certains vieux bâtiments préservés, ou rénovés. Un « précieux mélange de tradition et de modernité ». Enfin, l'ouverture de l'université Paris 7-Denis-Diderot, de l'École d'Architecture, de l'INALCO (Fac des Langues "O") et de la BULAC (Bibliothèque universitaire des langues et civilisations), a attiré près de 15 000 étudiants, métamorphosant la Rive Gauche en un « nouveau Quartier Latin », à la vie bouillonnante.
Cette promenade, malheureusement, n’est que virtuelle. Ce quartier idéal, c’est ce que promettent les jolies maquettes, les textes abondamment illustrés et les multiples fascicules du Centre d’Information Paris Rive Gauche, installé sur le nouvel axe, l’Avenue de France. Trop heureux de trouver un auditeur dans un Centre d’information autrement désert, Christophe, le responsable, commente fièrement les maquettes et se lance dans une diatribe sur « la formidable réussite du projet de ‘résurrection’ ». « Il y a bien quelques retards », avoue-t-il.
Une fois dehors, un premier coup d’oeil montre un quartier relativement semblable aux maquettes. Mais en y regardant de plus près, les différences sont flagrantes.
Le ciel est gris anthracite, les nuages menaçant. Dans la rue Chevaleret, censée être un axe dynamique, les passants se font rares. Le silence est parfois interrompu par le bruit lointain d’un marteau piqueur. D’un côté, un mur au crépit effrité cache plus ou moins la voie ferrée, sur laquelle est parquée une vieille locomotive grise et orange ; de temps à autre, un RER passe. Au dessus des voies, une passerelle métallique « provisoire ». Un panneau indique en effet que, d’ici fin 2005, elle sera remplacée un pont en dur, prolongement de la rue Charcot jusqu’à l’avenue de France. Du provisoire qui semble durer. De l’autre côté de la rue, de vieux commerces vivotent, comme le restaurant de spécialités antillaises Kamukera et ses photos de Cloclo en vitrine, aux couleurs fanées ; ou périclitent, à l’image cet ancien coiffeur, dont ne subsiste qu’une liste de prix inscrits sur la porte de locaux vidés.
Il est vrai que sur le même trottoir, on trouve aussi des restaurants et cafés flambant neufs. Mais il est treize heures, et pas un client n’est attablé. « C’est pas évident pour le moment », commente Carole, contemplant d’un air résigné la salle déserte du Shannon River. « Mais la ville nous aide un peu. On attend les étudiants avec impatience. » Collé sur la vitrine d’une nouvelle pizzeria (deux pizzas pour le prix d’une), un appel étrange : « Oui au TGI (Tribunal de Grande Instance) à Tolbiac ». Première raison listée, « davantage de passage : une chance pour les commerces »...
A l’approche du métro Bibliothèque, le nombre de passants augmente. Leur flot se dirige de l’autre côté de la voie ferrée, vers l’imposante bibliothèque, avec à ses pieds, le complexe MK2. Là, la réalité ressemble effectivement plus aux maquettes. Le café Frog and British Library est bien rempli ; des étudiants, professeurs ou badauds gravissent les marches de la bibliothèque ; le cinéma semble jouer son rôle d’attraction. Mais les rues adjacentes sont vides, et les grands immeubles vitrés, qui rappellent étrangement ceux de La Défense, ne contribuent pas à créer l’image d’un quartier chaleureux, au contraire.
Au détour de la rue Abel Gance, contrastant avec la froideur bleue des tours de verre, une tache rouge. Les briques de la Chapelle Notre-Dame de la Sagesse, une des dernières églises construites en France, tranchent avec les alentours. Un intérieur moderne et minimaliste, des murs en bétons délibérément laissés à nu, un autel dépouillé, aucune décoration : juste le bruit de l’eau d’une fontaine extérieure. Une architecture « hautement symbolique » commente un dépliant. L’église est vide ; pire, elle semble inhabitée.
Inutile de se rendre le long de la Seine en quête d’animation. La piscine et la passerelle Simone de Beauvoir font certes partie des belles réalisations qui peuvent être saluées. La piscine connaît en effet un joli succès depuis sont ouverture ; la passerelle aux lignes graciles permet le passage du XIIIème arrondissement au XIIème, enjambant la Seine d’un seul coup. Mais le temps n’est ni à la baignade, ni à la promenade. Et il est trop tôt pour voir les péniches s’illuminer. A leurs bords, les guinguettes et restaurants sont un des réels succès du quartier, la nuit venue, mais ils sont là depuis longtemps.
Cependant, malgré les apparences, le coeur de Paris Rive Gauche bat bien quelque part. Paradoxalement, il n’est pas dans une des nouvelles réalisations censées redonner vie au quartier. Cernée par de nouveaux immeubles et des palissades de chantier, l’ancienne gare frigorifique Paris-Ivry, vestige du début du siècle dernier, est toujours debout. Deux jeunes gens en vélos y rentrent, un groupe bruyant en sort, suivi d’un vieux monsieur qui se dirige vers un camion portant l’inscription « Théâtre Populaire Normand.Suisse. »Vision surprenante que ce bâtiment tagué de toute part, doté de d’une sorte de mirador vert et ocre, sur lequel une inscription fanée indique « communauté des entrepôts et gares frigorifiques ». Sur la façade, une banderole réclame la sauvegarde du bâtiment et des espaces mitoyens. La rénovation de la Semapa n’est pas du goût de tout le monde : « Concertations tronquées, un gâchis économique. Où va la ville ? Que font les élus ? » peut-on y lire.
L’intérieur est encore plus étonnant. Les énormes tuyaux qui rampent au plafond rappellent qu’il s’agit bien des « Frigos ». Dans l’entrée, un panneau regroupe le nom de tous les artistes et associations présents en ces murs : Théâtre du passage, studio de l’Union des Musiciens de Jazz... Le labyrinthe de couloirs est couvert de dessins du sol au plafond, d’où pend humoristiquement l’écriteau « Ne pas tagger les couloirs SVP ».
Charlene, comme l’indique son accent prononcé, est américaine. Elle a son studio photos dans les Frigos depuis 16ans. « Ce n’est pas un squat, on paye un loyer à la mairie», précise-t-elle à plusieurs reprises. « C’est très vivant ici, un vrai nid de création. On est plus de 200 artistes : musiciens, comédiens, peintres, photographes... On est là depuis 1980, quand la SNCF a commencé à louer : d’ailleurs, en regardant par la lucarne d’un des studios, on peut voir une vraie locomotive à vapeur ! » Pour Eric, qui dirige la galerie de l’Aiguillage, « les Frigos sont l’histoire et l’âme du XIIIème ». « Avant, on était le ’91 quai de la gare’. Depuis, un bâtiment nouveau nous coupe de la Seine. Mais on se bat, et notre association APLD 91 a obtenu la sauvegarde des Frigos et la restitution de 4000m² aux alentours. » Au centre du quartier, les Frigos apparaissent comme un îlot de vie menacé, marque d’un autre temps.


A se balader ainsi, la ‘résurrection’ semble avoir paradoxalement donné naissance à une coquille de modernité sans âme. Mais les travaux ne sont pas encore terminés, et on devine que l’attrait du quartier pourrait résider dans ce curieux mélange entre constructions récentes et bâtiments industriels rénovés. La structure architecturale et économique a été posée. Manquent les habitants. Pour insuffler la vie, la venue des étudiants semble être indispensable. Or le déménagement de l’université Paris 7-Denis-Diderot a pris du retard, les Langues « O » (INALCO) ne seront là qu’en 2008. « Heureusement, une partie des étudiants devraient faire leur rentrée en 2007 » a promis le responsable du Centre d’Information. Le véritable « coup de jeune(s) », vital au quartier, se fait cruellement attendre.

dimanche 11 février 2007

La "Longue Traîne" : la net-économie sur le fil

Mondialisation, consommation de masse, globalisation de la culture, dictature des marques et labels, standardisation des goûts. La révolution de l’individu semble bien loin. On aurait pourtant pu penser que l’économie moderne, par la profusion des produits qu’elle propose, et surtout leur déclinaison à l’infini (shampoing pour blond, brun, roux, cheveux gras, secs, bouclés, lisses, ternes, colorés, permanentés / musique, rock, soul, funk, R’nB, hip hop, ska...) se mettait au service d’une individualisation des goûts, où chacun pourrait trouver ce qui convient à sa personnalité, dans chaque gamme de produits. Curieusement, on a assisté à l’effet inverse. De la même façon que ce n’est plus la qualité d’un produit qui pousse le consommateur à acheter une marque et faire sa réputation, mais la présence de la marque elle-même qui semble donner de la valeur à un produit aux yeux du consommateur, qu’elle que soit sa qualité réelle, ce ne sont plus les goûts de l’acheteur qui dictent la production, mais les producteurs qui imposent leur produit à l’acheteur. Une sorte de « star académisation » de l’économie, où le consommateur croit choisir (il vote), alors que son choix est non seulement réduit (taper 1, 2, 3 ou 4), mais également stéréotypé (la diva, le rockeur, le marrant, la minette..).

Internet et sa « révolution », qui concrétise l’idée du « global village », abolissant les frontières, et permettant à chacun, d’un bout à l’autre de la planète, d’échanger, de profiter des mêmes produits, d’être la cible des marques que l’on soit à New York ou au Kenya, semble être le symbole même de cette économie globale où l’individualité des goûts se noie dans l’uniformisation de la consommation de masse.

Et les alter-mondialistes d’en appeler au retour au petit commerce, à « taille humaine ».

Et si, paradoxalement, le retour à l’individualité des goûts passait par cette consommation « débridée », rendue possible par internet ? Internet, c’est la diffusion de best-sellers et autres blockbusters, à l’image de l’économie « physique », mais aussi la possibilité de trouver des produits totalement marginaux.

La net-économie peut-elle être une sorte de combinaison entre consommation de masse et économie de niche, entre « must-have » et produits originaux, entre conformisme et unicité revendiquée ?

Dans cette perspective, la théorie de la « Long Tail », en français Longue Traine, développée par Chris Anderson dans un article de Wired en 2004, est tout à fait pertinente.

L’idée est simple : sur internet, la vente cumulée de produits marginaux peu demandés peut représenter une part égale de marché, voir supérieure, à celle des produits phares.

Pourquoi ? A cause, majoritairement, des coûts de stockage et de distribution.

Dans son article, Chris Anderson prend l’exemple d’un disquaire. Un disquaire qui possède un magasin se trouve confronté à la limite physique de l’espace dont il dispose : une certaine longueur de rayons, un certains nombre de disques. Restreint dans le nombre d’articles qu’il peut mettre en vente, le vendeur voudra proposer les articles dont il est susceptibles d’écouler le plus d’exemplaires possible : il se tournera donc vers les « hits ». Ces hits, ce sont évidemment les disques dont la diffusion massive est fiancée par de grands labels, achetés en masse, pas forcément pour leur qualité, mais souvent grâce à l’exposition médiatique. Un matraquage publicitaire, qui, encore une fois, n’est à la portée que des plus grandes bourses. Le fait que la plupart des magasins vendent les mêmes disques, renforce d’ailleurs encore leur exposition, et par suite, la nécessité pour les autres vendeurs de les avoir, soit un cercle « vertueux » pour ces produits, mais « vicieux » en matière de diversité. Dans sa boutique, le commerçant propose les « hits », produits rentables dont il sait qu’il écoulera un grand nombre de copies. Chaque commerçant faisant de même, on assiste à une standardisation de l’offre.

La différence que propose internet est celle d’une capacité de stockage quasi-illimitée. Pas de rayons pour le disquaire du web, donc pas de sélection à faire dans les titres. Bien sûr, il proposera les titres les plus vendus, comme son collègue en magasin. Leur chiffre d’affaire est alors comparable. Mais grâce notamment au mp3, le voilà en mesure de présenter un catalogue riche de centaines de milliers de chansons, là où l’autre est limité par la place physique occupée par les CD. Le disquaire du web n’a pas à se préoccuper de « rentabiliser » la place occupée par cette chanson. Elle sera de toute façon rentable. Car peut-être ne vendra-t-il qu’une ou deux unités de ces chansons marginales, qu’on peut appeler « flops » (en opposition aux « hits », sans péjuger de leur valeur musicale). Mais les ventes cumulées de tous ces flops peut lui rapporter gros.

La Longue Traine, c’est cette multiplication à l’infini de ventes marginales, permise par la libération des contraintes de stockages, qui peut donc, au final, rapporter plus que le marché des produits phares.

Ce qui est vrai pour les disques, l’est aussi pour les livres. D’où le succès d’un site comme Amazon, au catalogue d’une exhaustivité impressionnante. Sur Amazon, la vente cumulée d’auteurs plus ou moins obscurs dépasse en chiffre d’affaire la vente des best-sellers.

Ce phénomène, propre à la net-économie, est bien sûr intéressant au delà d’une simple étude de rentabilité et de chiffre d’affaire. Comme on l’a vu plus haut, la crainte actuelle d’une standardisation des goûts a un fondement réel. Le poids des grosses entreprises pèse sur la liberté de choix du consommateur, en le noyant sous un produit présent dans tous les magasins, et en créant un faux besoin de ce même produit, spécifiquement, par la publicité. Le choix de l’exemple des disques et des livres n’est pas anodin. Cette standardisation est encore plus effrayante lorsqu’on parle de culture. La théorie de la Longue Traine, c’est croire qu’internet permet l’éclosion d’un marché de la diversité. En rendant rentable la vente de produits marginaux, la net-économie réintroduit la possibilité d’un choix individuel, réfléchi : le droit à l’originalité.

Mais attention, prévient Anderson, pour que ce choix soit réellement possible, l’existence même de la diversité ne suffit pas. Face à un choix illimité, le consommateur risque de se tourner une nouvelle fois vers les produits phares, parce qu’encore une fois, grâce notamment à la publicité, ce sont ceux qu’il connaît. Les plus gros seraient donc encore une fois les mieux placés. Pour qu’il y ait vraiment choix, il faut d’abord qu’il y ait conscience de la liberté de choisir. La net-économie est en effet une économie de l’abondance. Il faut donc donner à l’internaute le moyen d’accéder à la diversité. D’où la règle d’or du « Help me fin it ». Pour ne pas se perdre dans un labyrinthe sans fin de produits, il faut à l’internaute un fil d’Ariane qui l’ « aide à trouver ce qu’il cherche ». A charge donc aux « petits » de créer des sites intelligents ou de chercher, tout comme les « grands », à se rendre visible. Le fameux « buzz » internet, sous forme de mailing list, de teasers et autres procédés, en est l’émanation.

Le paradoxe est donc là : quand la mondialisation peut promouvoir l’unicité de l’individu, multiplier à l’infini les possibilités de consommer pour redonner sa place à l’originalité. Mais ne soyons pas dupe. Cette espèce de compromis est en partie le fruit de la jeunesse de la net-économie Si les petits ont vite compris l’opportunité extraordinaire que leur donnait le net et ont su l’exploiter jusqu’à maintenant, les gros se sont vite aperçu de leur erreur, et comblent le retard. Déjà, certains grands labels utilisent également le « buzz », lancent leurs produits sur internet, et instrumentalisent le mouvement anti-marque. Nouvelle stratégie : le mammouth tente de séduire en se faisant passer pour une souris. Et le géant Google de mettre la main sur You-Tube. Les Gourous se mettent en place pour « guider » le « libre choix » de l’internaute... Une nouvelle économie au confluent des exigences du marché et de la liberté du consommateur ? Un numéro d’équilibriste fragile, sur le fil de la toile.

Radio : Obama launches presidential bid

Barack Obama formally entered the presidential race on Saturday. In spite of his charisma and the attention of the media, his lack of political experience leads many to doubt his chances of becoming the Democrat candidate in the 2008 election.


Democratic Senator Barack Obama has launched his presidential campaign in Illinois by pledging to "build a more hopeful America". He has presented himself as an agent of generational change who could transform a cynical government.

Obama has announced his candidacy standing before the Old State Capitol where Abraham Lincoln condemned slavery. A highly symbolic choice, since several media consider that Obama represents the first real chance for the US to elect a Black president.

Because of his mixed race legacy, his youth and charisma, Barack Obama has quickly acquired a huge popularity. The Times has dubbed him "America's hottest political phenomenon".

Yet, having served just one term as a senator and with no experience of executive office, many analysts question whether Obama's skills match his ambition. He himself admitted in his speech that his candidacy bears “a certain presumptuousness and audacity”.

The challenge will prove all the more difficult as his main opponent is Hillary Clinton. She brings years of experience in presidential politics and an extraordinarily battle-tested network of fund-raisers and advisers.

The Democrats may endorse her, especially if highly experienced Rudolf Giuliani enters the race on the Republican side. The candidacy of New York's ex-mayor is an open secret, in spite of his prevarications on announcing it formally.

Obama will certainly play the Iraq card to beat Hillary Clinton. Whereas she voted for the intervention in Iraq, Obama has always opposed the war.

But Obama’s adviser Walter Mondale admits that with this formal announcement, the easy days are over. Under new scrutiny from the Republicans, his Democrat opponents and the media, Obama now has to show “where the beef is”.

samedi 10 février 2007

You Shall Climb the Hill...

The magnificent shiny ivory domes stand out on the grey sky. The Sacré Coeur impressively dominates Paris from the top of Montmartre hill. The funicular is broken, so that reaching the basilica has to be deserved by climbing the steep stairs through the park.

The chilly weather doesn’t seem to have discouraged people from coming. Street hawkers try to stop the by-passers, tourists armed with cameras bump into each other while trying to get the best shot, cuddling lovers sit on the steps as in a Doisneau picture, bohemian looking teens juggle with clubs... At the top of the stairs, his back to the basilica, Damien is drawing. From where he is sitting, the whole town stretches out at his feet. “I come here almost everyday. But not for the basilica, he confesses, for the view. The day I can draw all these roofs, streets and monuments properly, I’ll consider myself a real painter.” Like Damien, a couple of Russian tourists admits that the unique panorama brought them here. “It’s a must-see, Ivan exclaims, Montmartre is famous all around the world, and there is no better place to catch the city in one glance. The basilica? Yes, the facade is quite nice, maybe we’ll have a look inside, since we’re here...” “I found it a bit disappointing, too modern for my taste”, interrupts a Belgium woman, exiting it with her friends.

But not all tourists show this lack of enthusiasm towards the Sacre Coeur. And indeed it would be a shame not to enter the Romano-Byzantine style building, which has once been criticised by its opponents for resembling a mosque or a Russian church.

In the middle of the copper-green statues of Joan of Arc and Saint Louis, the dedication “To the highly sacred heart of Jesus” is unscripted in golden letters. A smaller one, “France assures of its thankfulness, 1919” testify of the historical context in which the monument was born. 1870 is a terrible year, which sees the capitulation of Sedan and the fall of Napoleon III. Because these events lead to the disappearance of the Papal States, it’s not only a time of pain and defeat for France, but also of humiliation and remorse. The rich ‘grand bourgeois’ Alexandre-Felix Gentil decides that France has to examine its conscience. It leads to the proclamation of a “National Vow” in January 1871, which promises the building of the expiatory basilica. Gentil will not live to see the first penitents enter the Sacré Coeur, in 1919.

This story is written on marble stones on the walk-around path circling the nave, in-between several small chapels dedicated to the Virgin Mary or Denis and Ignatius Loyola, the Saints who gave its name to Montmartre, the Hill of Martyrs. If the main choir is reserved for the faithful, the walk-around path, with a book-shop and a souvenir shop on each side, is lined with information for tourists on the catholic faith, in all possible languages.

Followed by a Black man with a trolley, Sister Camille, in a chasuble, discreetly collects the candles money from the boxes. “This basilica was built thanks to the public, she explains in a whisper.10 million people, believers or not, gave 46 million francs for its construction. It can be unsettling to see so many tourists in a place of worship, but don’t forget this monument was built by laymen. Beside, the survival of the basilica still depends today on people’s generosity. I am one of the Benedictine sisters from the nearby convent working here for free. But our work could hardly suffice. See, the magnificent central fresco of the Christ has been recently cleaned, as well as the stained-glasses. We try to maintain a balance between worshippers and tourists.” But when asked about the three jackpot-looking machines selling medals of the Sacré Coeur by the entrance, her embarrassed smile is quite telling. “The convent has not be consulted on those...” .

Nonetheless, the basilica is a very active church, with at least three masses a day. Despite the tourists, its impressive architecture and the silent worshipers call for respect and give a feeling of a place spiritually inhabited. The ambivalence between modernity and tradition is reflected on the stained-glasses, which graphics have something of a comic drawing, or the old wooden confessionals, abandoned for a bigger Perspex one. Nearby, a wrinkled woman, wrapped in a shawl, is patiently waiting. She starts as two tourists noisily enter the basilica, soon harshly hushed by two guards. Witnessing the scene, a middle-aged Black man shakes his head in disapproval as he leaves the main alley where he has been praying below the monumental figure of a radiant Christ, his golden heart surrounded by flames. A last genuflexion, and he is out. Putting his checked cap on, Leonard confesses : “It is sometimes hard to pray with all these tourists around, some of them are very disrespectful and noisy. But if your are really involved in your praying, you soon become deaf to the surroundings, the connection with Jesus is all that matters”, he adds in a beam. He has come all the way from Champigny to pray here. “You can live your faith wherever you want, it is part of you, it doesn’t matter where you are. But I like coming to the Sacre-Coeur... especially because a lot of miracles happen here”, he mischievously confides.

One of them being that among the eight bombs which fell on the nearby streets in 1944, none touched the basilica. So that the white domes still dominates the Parisian landscape, a meeting place for tourists of all-around the world as well as for believers : the last spiritual and artistic adventure for France, born at the dawn of the twentieth century, lives on.

"Internet, c’est formidable... si on sait s’en servir ! "


Philippe Achilléas est directeur de l’Institut du Droit de l’Espace et des Télécommunications (IDEST) à l’université Paris Sud-XI. Il a collaboré à l’écriture de « L’Opinion numérique », paru en 2006 aux éditions Dalloz.

Que pensez-vous de la qualité des informations que l’on trouve sur internet ?

- Au cours des cinquante dernières années, on a pu assister à un changement radical en terme de liberté d’information. Deux grandes évolutions ont permis l’extension de cette liberté au niveau mondial : le satellite, dans les années 60-70, et internet dans les années 80. Mais si le satellite permettait d’être récepteur d’informations, la révolution internet fait de nous des récepteurs ET des acteurs. Chacun peut apporter sa contribution. C’est ce qui constitue la richesse mais aussi le danger du web. Il faut savoir faire la part entre information et opinion. On peut trouver de tout et n’importe quoi. C’est d’ailleurs souvent d’internet que partent les rumeurs, comme le prouve celle lancée dernièrement sur Ségolène Royal et sa soi-disant évasion fiscale. On passe de l’information à l’opinion, de l’opinion à la désinformation. Internet, c’est formidable... si on sait s’en servir !

Comment faire le tri ?

- Il faut avoir été un tant soit peu initié pour s’y retrouver, soit par quelqu’un, soit grâce à la pratique. La plupart des gens croit que l’information va venir à eux, ils se contentent souvent de taper un mot clé dans un moteur de recherche. Or le premier lien n’est pas forcément le plus fiable. Et comme les moteurs de recherche placent en premier le lien le plus utilisé, on fait face à un cercle vicieux dangereux. Une information erronée peut vite apparaître comme une référence. Il faut savoir que pour un devoir de droit par exemple, les références internet ne sont pas admises car leur légitimité n’est pas établie. Quand ils font des recherches dans des livres, les gens ont le réflexe recroiser les informations, ce qu’il ne font paradoxalement pas avec internet, où le risque est pourtant plus grand de tomber sur des faits biaisés. L’autre défaut du web, c’est que les sources ne sont souvent pas mentionnées.

Que pensez-vous alors d’un site comme Wikipédia, une encyclopédie participative de plus en plus utilisée comme référence alors qu’elle est constituée d’articles d’internautes non spécialistes ?

- Une fois encore, ce peut être un outil intéressant si l’on sait ce que c’est. C’est vrai que le terme encyclopédie peut prêter à confusion. Il se justifie dans le sens où il s’agit d’une compilation de savoirs, mais la « noblesse » du terme tend à faire oublier que les auteurs sont des internautes, qui peuvent être sujets, consciemment ou non, à des préjugés. Les concepteurs du site arguent que la régulation se fait entre internautes d’opinions opposées, mais je ne suis pas sûr que ce soit un contrôle suffisant. En outre, les faits objectifs risquent de se retrouver noyés dans un combat d’opinions.

La France est le pays européen qui compte le plus de blogs. Ce foisonnement peut permettre la publication de contenus douteux. Pensez-vous qu’une législation soit nécessaire pour un meilleur contrôle ?

- En tant que juriste, je suis contre la sur-réglementation, qui entraîne une déresponsabilisation des utilisateurs. Il faut pousser les gens à utiliser leur sens critique. Le législateur ne s’est pas encore spécifiquement penché sur internet, à part en ce qui concerne la protection des mineurs, notamment pour l’accès aux sites pornographiques ou la lutte contre la pédophilie. Le tord est de croire qu’il n’y a pas de lois pour internet, qui apparaît souvent comme synonyme d’une liberté d’expression sans aucune limite. Peu de gens savent que le web est soumis à la même législation que la presse. Un bloggeur peut donc être poursuivi pour propos diffamatoires, racistes, ou pour atteinte à la vie privée. Une page n’est pas un espace privé : diffusée sur internet, elle fait partie du domaine publique. Les règles qui s’appliquent au Monde s’appliquent à la page du bloggeur, mais il ne le sait souvent pas ! Evidemment, par rapport au nombre limité d’éditions papiers, les millions de pages webs posent un problème en matière de contrôle des contenus, ce qui fait les beaux jours de certains extrémistes.

Propos recueillis par Laura Martel

mercredi 17 janvier 2007

Revue de presse : "Après lui, ..."





"Le ton a changé. M. Bush pouvait-il aller plus loin ? Pouvait-il vraiment faire marche arrière ?» s’interroge l’éditorialiste du Monde. Au lendemain de l’annonce par Georges Bush de l’envoi de 21 500 soldats supplémentaires en Irak, les éditorialistes analysent les raisons de l’entêtement du président américain, de plus en plus isolé.

Pour Le Monde, cette obstination était prévisible.« Compte tenu des convictions qui l'ont poussé dans cette voie aujourd'hui sans issue et des conséquences catastrophiques d'un retrait rapide des forces américaines d'Irak comme des risques de leur maintien sur place, il était difficile d'attendre un reniement”, affirme le journaliste.

Les éditorialistes s’accordent sur l’isolement croissant de Georges Bush qui semble avoir pris cette décision seul contre tous, en opposition avec l’opinion publique, les chefs militaires et sa nouvelle majorité. Selon Le Monde, la position anti-guerre des Democrates a peut-être paradoxalement forcé le président américain à camper sur ses positions. « Il ne peut donner l'impression de céder à ses adversaires démocrates sans se mettre à la merci d'un Congrès hostile, obérant ainsi ses deux dernières années à la Maison Blanche », croit savoir l’éditorialiste. Pour Jean-Marc Bouguereau de La République des Pyrénées, une telle obstination est surtout « inquiétante ». « Le président défie tout le monde. Son opposition démocrate, majoritaire au congrès, comme son opinion publique. A ce point là, cela ne s'était jamais vu », constate-t-il. Un déni de l’opinion publique, qui, pour Patrick Fluckiger de l’Alsace, constitue « un véritable bras d'honneur aux électeurs américains qui ont voté en novembre contre la guerre en Irak. » « Alors que 70 % des Américains sont hostiles à la guerre, Georges Bush se pare de son habit de justicier et fait cavalier seul”, s’insurge le journaliste.

Jean-Marc Bougeureau revient également sur la sourde oreille du président américain aux conclusions du rapport Baker, malgré ses promesses d’en tenir compte. « Sa dernière décision est en contradiction avec les recommandations faites par le rapport de commission Baker qui proposait de s'engager dans un compromis régional passant par des négociations avec Damas et Téhéran », constate-t-il. Jean-Claude Kiefer des Dernières Nouvelles d’Alsace va plus loin. Selon lui, non seulement Georges Bush a décidé de ne pas inclure l’Iran dans le débat sur l’Irak, mais l’envoi de troupes est « une dernière démonstration de force, autant destinée à rassurer les alliés arabes qu'à dresser des limites à Téhéran. » Patrick Fluckiger approuve cette analyse : « Bush semble avoir rejeté tout compromis de ce côté-là. Au contraire, il montre les dents à Téhéran ». Et d’attaquer la nouvelle stratégie du président qui pour lui, « se résume en quelques mots: voici quatre ans que l'unilatéralisme et la force ont échoué, allons-y donc plus fort encore. »

La plupart des éditorialistes, à l’instar d’Hervé Cannet de La Nouvelle République de Centre Ouest, affirment que Georges Bush est conscient qu’il ne pourra gagner cette guerre. « Il le sait, bien entendu », affirme le journaliste, « mais il ne peut évidemment pas le reconnaître. Pas question de rester dans l'histoire comme le " Lyndon Johnson de l'Irak ", cet autre Texan qui avait dû s'avouer vaincu par le Vietminh de l'oncle Ho. » Si Patrick Fluckiger de l’Alsace évoque également les similitudes entre l’attitude de Georges Bush envers l’Irak et de Johnson face au bourbier vietnamien, Jean-Claude Kiefer des Dernières Nouvelles d’Alsace dresse un parallèle, plus original, avec l’Algérie : « Ce sera la bataille de Bagdad. Et peut-être la phase la plus meurtrière de cette guerre pour les troupes américaines ne fait-elle que commencer. » La majeure partie des soldats est en envoyée à dans la capitale iraquienne. Et de prévenir : « Coïncidence de l'Histoire : il y a cinquante ans débutait la bataille d'Alger. Les parachutistes français croyaient mettre fin à l'insurrection du FLN et pacifier l'Algérie en "nettoyant" la ville. On connaît la suite.”

Si les éditorialistes prévoient presque tous que George Bush restera dans l’histoire somme le responsable de l’enlisement américain dans le bourbier iraquien, celui du Monde reste plus circonspect. Selon lui, l’issue reste imprévisible. « Si cette stratégie de la dernière chance porte ses fruits, M. Bush confortera sa place dans l'histoire comme celui qui est resté ferme dans la "guerre globale contre le terrorisme" », analyse-t-il, « si elle va grossir la liste des plans avortés, il passera plus prosaïquement le fardeau irakien à son successeur."

lundi 15 janvier 2007

Feature : Jump in !


It is unusually hot for the beginning of January, let alone for January in England. God, it is not even raining! The only water here is located on my forehead. My suitcase weights a ton, I can barely lift it into the bus. Another bitter disappointment : when facing a sweaty Frenchie, no man in this bus seems to remember the English are supposedly world famous gentlemen! All right, I must admit I am in a bad mood.

It’s only my second time in a London bus and I can’t say my first experience was great. Buses can be tricky for foreigners. Among other problems, here is the main one : if you look both on the bus stop and inside the bus, only a few main stops of the line are indicated. So if like me, you don’t know precisely where you’re going, you can easily take the wrong bus ! Not to mention that the names of the stops are written ridiculously small : good luck with deciphering them while the bus is moving! Basically you just have to guess where to stop... and last time, i guessed wrong. I hope this time will be better.

Unfortunately, it’s not for the moment. Maybe my mood has something to do with the 2 pounds I just paid for a single trip. And I thought Paris transports were expensive! It’s a 50 cent rise since last year!

But let’s forget about the price, the heat, the suitcase. Night has fallen, the town is glowing. The people on the bus are pretty quiet now, the street noises are muffled. I see people coming and going, it’s like watching through the glass of a aquarium. I’m starting to think my friend was right. She told me the 188 would take me directly from Waterloo to the Tower Bridge, where I am to meet her. “You do have to take the bus, she insisted, you’ll see the city at night, it’s beautiful. And red buses are part of London’s history.” I’m glad I let her convince me. Red buses as well as red phone booths, red post boxes and, well, black cabs, are indeed what comes to a foreign mind when picturing London.

Speaking of symbols, we drive past a routemaster. It’s the most famous model of double-decker buses and was introduced in London in 1956.It’s easily recognisable, with its open platform at the rear and a conductor to collect fares. I recall that these buses have been withdrawn for economical reasons in december 2005, but some have been preserved for tourists on two lines called “heritage roads”. As it stops to a red light, old movies come to my mind. A platform crowded with passengers, people boarding quickly at stops, at traffic lights. A detective catching the bus to follow the villain’s car.

As we drive on, the roll of film rewinds further in time. I suddenly recall the story of the first regular bus service. Here the streets are narrower and darker. It is easy to imagine the horse buses started by George Shillibeer in 1829. He had taken example on the omnibus operating in Paris. A flash of white, and I imagine an elegant lady with a hat boarding this bus made for up to 20 passengers. She’s taken away at the pace of three horses, trotting on the first route that ran from the suburb of Paddington to Bank, in the City. An immediate success. Hard to believe that Shilibeer, the man who revolutionized London’s transport, went bankrupt because of the competition and had to convert his buses in funeral coaches!

The increasing brightness takes me out of my reverie. This time, I won’t miss my stop, you can’t miss the Tower Bridge. Walking on the bridge arm in arm, my friend and I fight the biting wind. A mocking light in the eye, she asks me about my bus trip. “I have a story for you, she finally says. Did you know that a bus jumped over Tower Bridge?” “Come on, that’s an Urban Legend”. “It’s true”, she says, “the driver’s name was Albert Gunter”. We’re now walking along the Tames, and stop on a bench near street hawkers. On December 1952, she tells me, a crowded double decker bus was nearly half way across Tower Bridge when the bridge began to rise. The driver had only a split second to make up his mind. He slammed his foot on the accelerator and the bus leapt across the widening gap and smashed on the other side. Several passengers were injured, but they all survived.

“Albert was hailed as a hero”, interrupts an hoarse voice close to us. An old man selling trinkets is looking at us with a crooked smile. As he comes closer, we stand to leave, he seems to have something in his hand. “But if you’re interested in buses ladies...well...” He opens his dark hand. A little red bus glows inside. “Buy this, and I’ll tell all about the Ghost Bus of Ladbroke Grove. In the 30’s motorists died because of that ghost bus. It was large, and red, with a "7" route number on it. Wanna hear about it?”

Five minutes later, I find myself a ghost story richer, 2 pounds poorer,and smiling. “Time to go” my friend tells me, you want to grab a cab?” I look at the toy in my hand. The suitcase doesn’t seem so heavy anymore. And I know where I am, and where I’m going. Arm in arm, we walk to the bus stop.