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Revue de presse : La rançon de l'or noir
Le groupe Total, première entreprise française au CAC 40, va-t-il passer entre les mailles (bien souvent larges à l’égard des pollueurs) du filet de la Justice ? C’est la question que se posent les éditorialistes à la veille de l’ouverture du procès de la catastrophe de l’Erika en décembre 1999. Gérard Noël, dans La Liberté de l’Est, fait un navrant constat : les procès contre les bateaux-poubelles responsables de catastrophes écologiques se suivent et se ressemblent. En quelques mots, il dépeint les acteurs, bien connus, du procès à venir : « Sur le banc des accusés se côtoient les membres d'un trio indissociable : l' armateur, qui n'a réparé son navire pourri qu'a minima, l'affréteur, Total, qui connaissait l'état de vétusté de l'Erika et à qui il est reproché d'avoir malgré tout intimé au capitaine l'ordre de faire route, et le capitaine, qui, sachant les risques encourus, a tout de même obtempéré. » Pour Bernard Revel de L’Indépendant du Midi, il est également évident que « si les responsabilités semblent couler de source, ceux qui les portent sont déterminés à se battre pour n'avoir pas à les assumer. » Rappelant que le groupe est « poursuivi pour "complicité de mise en danger d'autrui" et "pollution maritime" », il espère que les « soixante-dix parties civiles, Etat et plusieurs Régions en tête, vont tout mettre en oeuvre pour que ce crime ne reste pas impuni. » Tous les éditorialistes prônent en effet un condamnation de Total pour le naufrage de l’Erika, que Bernard Revel qualifie de « crime contre la nature », Jacques Guyon de La Charente Libre, de « drame écologique majeure », et Gérard Noël, de « catastrophe grandeur nature ». Et de dénoncer les manoeuvres du premier groupe français pour échapper à la justice. Pour Bernard Revel de L’indépendant du Midi, Total « confie ses produits à des navires et, pour le reste, s'en lave les mains ». Une stratégie de « l’opacité comme moyen de camouflage», selon Gérard Noël, qui dénonce « l'écran de fumée mis en place par Total pour se dédouaner, à l'aide de sociétés maltaise et libérienne ». Pour Jacques Guyon de La Charente Libre, l’attitude du groupe pétrolier à l’égard des poursuites relève d’un insupportable cynisme. Il rapporte ainsi que devant l’exposé du prix payé par les espèces menacées lors du naufrage de l’Erika, « l'avocat de Total a cru adroit de répliquer: "l'émotion submerge la raison" ». Selon lui, ce procès est également celui de « l’éthique » de l’entreprise, dont le refus de prendre ses responsabilités est « aveu d'immoralité ». Il rappelle d’ailleurs que Total « figure déjà en dernière position des trente grandes entreprises françaises en terme d'image au dernier classement Ipsos. » Tous les éditorialistes sont d’accord : Total doit payer. Car, comme le souligne Gérard Noël dans La Liberté de l’Est, « les sociétés pétrolières s'estiment trop souvent au-dessus des lois ». Une condamnation de Total constituerait donc pour elles « un avertissement salutaire les touchant au seul endroit où ça leur fait mal, leur coffre-fort. » Et Bernard Revel de préciser, dans L’Indépendant du Midi, que le groupe, qui va annoncer des bénéfices records, a indubitablement les moyens de payer : « de 12,27 milliards d'euros en 2005, ses bénéfices devraient dépasser les 15 milliards en 2006 », croit-il savoir. François Tartarin, dans la Nouvelle République du Centre Ouest, préfère quant à lui revenir sur les avancées en matière de législation qui ont suivi la catastrophe de l’Erika. Même si « beaucoup reste à faire », il souligne les efforts de l’Union Européenne de « rendre ses ports inaccessibles aux pétroliers à simple coque », « d’améliorer les procédures d'inspection » et « d’organiser la sanction des auteurs de pollutions maritimes. »
Toutefois, dans l’attente d’« un nécessaire renforcement du dispositif européen de sécurité maritime », si Total échappe à la condamnation, ce seront encore « les collectivités locales (donc les contribuables) qui continueront d'être les cochons de payants des dégâts écologiques occasionnés par les voyous des mers », constate Gérard Noël dans la Liberté de l’Est. Et Jacques Guyon d’ironiser : « il est des "fleurons" de notre économie qui font décidément et durablement tache. »
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