
« Voilà 25 ans que dure le cauchemar, » tel est le triste constat de Bernard Revel dans L’indépendant du Midi du 1er décembre, déclaré par l’ONU journée mondiale contre le sida. A son instar, nombreux sont les éditorialistes qui reviennent sur les 25 ans de lutte contre la pandémie, « car rien ne serait pire que de ne plus en parler, de baisser les bras et de ne pas contester cet ordre mondial marchandisé incapable de soigner des millions de victimes alors que la médecine le permet », souligne Christian Digne dans La Marseillaise. Et le journaliste d’égrainer les chiffres d’un « bilan désastreux » : « plus de 25 millions de personnes mortes du sida à ce jour, trois millions de morts dans l'année, un enfant contaminé qui décède chaque minute, onze mille contaminations par jour ». Si Bertrand Revel choisit de rappeler les avancées effectuées au cours de ce quart de siècle, notamment « les énormes progrès faits par la médecine pour combattre le virus », et « les trithérapies » qui « ont considérablement augmenté l'espérance de vie des malades », Christian Digne s’insurge contre « des engagements vertueux qui s'efforcent de calmer les patiences et les révoltes. Mais, [qui] jamais, ne sont tenus. » Plusieurs éditorialistes reviennent en effet sur les promesses non tenues des précédentes journées de mobilisation, faisant ainsi écho au slogan de la journée 2006. « " Stop au Sida, tenons nos promesses ", lancent les organisateurs de cette journée mondiale. Leur parole sera-t-elle enfin respectée ? » s’interroge Christian Digne dans La Marseillaise. Il rappelle avec amertume que « trois millions de malades devaient être traités fin 2005 : un échec », et que, de même, « un accès universel aux traitements avait été promis pour 2010 : un délai impossible à tenir au rythme actuel. » Mais c’est en particulier contre différence d’accès au soin selon les pays que les éditorialistes s’insurgent. Bernard Revel, dans L’Indépendant du Midi rappelle que « les traitements sont loin d'être accessibles à tous et les contaminations ne cessent de croître ». Et Hervé Chabaud de l’Union d’ajouter, « selon qu'on habite au coeur de l'Afrique noire ou à Manhattan, on n'a pas accès aux mêmes thérapies. Leurs prix les rendent inaccessibles au plus grand nombre. Surtout dans les pays dépourvus de systèmes de protection sociale. » Face à cette injustice, l’analyse des journalistes est donc la même : « Plus que jamais la solidarité internationale s'impose pour donner l'accès aux soins », affirme Hervé Chabaud. Quant à Christian Digne, il ironise dans La Marseillaise, « puisque Bush et les siens veulent partir en croisade contre le mal, voilà une cause majeure pour l'avenir de l'Humanité. Autrement plus efficace pour garantir un ordre mondial juste que leurs pulsions guerrières. » Pour Didier Pobel du Dauphiné Libéré, l’important est que cette journée ne soit pas « qu'un ruban rouge posé sur le calendrier et les bonnes intentions ». Il s’agit avant tout d’interpeller le public pour l’amener à « prendre conscience » de ce qu’a été ce dernier quart de siècle de pandémie. Et l’éditorialiste d’en peindre un tableau saisissant : « Vingt-cinq ans de mobilisations ponctuelles, de slogans, de préservatifs, de vie différente. Vingt-cinq ans hantés par ces deux syllabes maudites: "Si-da". Vingt-cinq ans. L'âge que n'auront jamais tous les enfants d'Afrique ou d'Asie qui sont morts de "ça". Vingt-cinq ans: une génération. Ou ce qu'il en reste. »
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