
Une chemise ivoire à grand col ouverte sur la poitrine, une démarche nonchalante, un sourire qui frise et creuse son unique fossette, le Damien Jouillerot qui se laisse glisser dans le confortable canapé d’un café bobo de Montmartre a tout d’un jeune dandy. Le gamin mal dans sa peau qu’il incarne dans la plupart de ses films semble bien loin. A moins que...
- Dans le téléfilm sur Madame de Pompadour diffusé sur France 2, vous incarnez le dauphin, un homme marié, qui cherche à se débarrasser de la maîtresse du roi. C’est un rôle différent de ceux que vous avez l’habitude de jouer.
"Je suis très content d’avoir pu aborder ce personnage complexe. Amené à être roi, il est vite obligé de se comporter en adulte et de prendre la mesure du pouvoir qui l’attend. Une fois qu’il y goûte, il aime ça. Même s’il est marié, il sort juste de l’adolescence et se laisse griser. Manipulateur, ambitieux, colérique, en souffrance... je me suis délecté à explorer ses différentes facettes. Un vrai travail de comédien, que je n’avais pas vraiment eu l’occasion de faire jusqu’ici."
- Il est vrai qu’on vous a plutôt vu dans des rôles d’ados mal dans leur peau. Avez-vous eu l’impression d’être cantonné à un certain type de personnage ?
"Bah, j’étais ado, et oui, j’étais mal dans ma peau. Alors forcément, ça collait plutôt bien ! Mais du coup, c’était moins intéressant au niveau du jeu. En général, je mettais 90-95% de moi-même dans les rôles, et le tour était joué ! Il faut dire aussi qu’en France, on en demande moins aux acteurs qu’aux Etats-Unis par exemple, et encore moins aux ados. T’as 16 ans, t’es ado, tu joues le rôle d’un ado, point. Ou plutôt tu joues toi. Faut avoir la tête de l’emploi."
-Vous pensez qu’il y a des « emplois » au cinéma ?
"Oh que oui ! Beaucoup vous diront le contraire : un acteur peut tout jouer. C’est vrai, artistiquement parlant. Avec du travail, on devrait pouvoir tout jouer. Sauf que dans la réalité, c’est loin d’être le cas. Quand j’ai commencé à tourner, j’étais tout petit, gros, avec un appareil dentaire. Pas la peine de postuler pour un rôle de jeune premier. Moi j’étais le souffre-douleur de la classe,comme dans ‘Les Fautes d’Orthographe’ ou le traître comme dans ‘Monsieur Batignole’. Malgré tous les discours politiquement corrects, la plupart des gens ne peut s’empêcher de penser que beau est synonyme de gentil et moche de méchant. Le cinéma accentue encore plus ces oppositions parce que les personnages doivent être facilement identifiables. J’exagère un peu, mais pas tant que ça. Et encore une fois, c’est plus le cas en France qu’ailleurs, parce que notre cinéma est plus un cinéma de dialogues. Les Anglo-saxons ont le souci du corps, ils travaillent plus sur les compositions physique. Ca se perd actuellement parce qu’Hollywood met de plus en plus l’accent sur la plastique. Mais il n’y a que là-bas qu’un Dustin Hoffman ou un Woody Allen peut être un homme à femmes ou un vrai héro, et pas un anti-héro. Ici, avec ma tête, je ne risque pas de jouer dans une adaptation de « Roméo et Juliette ». D’ailleurs, mon agent n’aurait jamais l’idée de m’envoyer au casting !"
- Vous semblez avoir une opinion bien arrêtée sur votre physique. Le considérez-vous comme un handicap ?
"Je suis moche, ou du moins, pas beau, c’est un fait. Inutile de se voiler la face. J’en ai longtemps souffert, d’où d’ailleurs mon aptitude à jouer les gamins mal dans leur peau ! Ca fait parfois mal au coeur quand on lit la description peu flatteuse de son personnage dans le scénario. Mais je mesure de plus en plus l’avantage d’avoir, comme on dit, « une gueule ». Je me souviendrai toujours du jour où Jacques Villerêt m’a dit, sur le tournage d’ ‘Incroyable Jardin’ : « T’as une gueule de boxeur, de gars qu’a vécu. Peut-être que tu ne l’aimeras jamais, mais tu verras, c’est elle qui t’ouvrira les portes. Comme l’a fait la mienne. » A partir de ce moment-là, j’ai commencé à considérer mon physique particulier comme un atout. Des petits minets qui veulent faire du cinéma, il y en a des paquets. Avec un autre physique, je n’aurais sans doute pas autant travaillé. Tourner m’a servi de thérapie. Je ne m’aime pas beaucoup plus, mais je me supporte. Surtout, j’ai plus confiance en moi parce que je vis de ce que j’aime. Et puis si ma « gueule » me condamne à une carrière à la Blanche,Ventura, Gabin ou Villerêt, alors ainsi soit-il !"
1 commentaire:
Keep up the good work.
Enregistrer un commentaire