jeudi 11 janvier 2007

Portrait : Culture et indépendance


A 28 ans, Olivier Le Floc’h est pigiste régulier pour les pages « culture » de La Tribune. Une position qu’il a su conquérir avant même la fin de son master de journalisme. Une exception dans le marasme actuel qui touche la profession.

Perché sur un coin de bureau de l’université de Censier, Olivier Le Floc’h regarde avec bienveillance les étudiants assis sur les chaises que lui-même occupait il y a moins d’un an. Etudiants qui partagent sans doute la crainte qu’il avait alors. Face à une presse écrite sinistrée, à l’heure où Libération se bat pour sa survie, peut-on encore réussir à faire sa place ? Et voilà que se tient devant eux quelqu’un qui réussit à vivre de son métier, et cela dès la fin de ses études, sans passer par une suite sans fin de stages souvent non rémunérés. Tous n’ont qu’un question à la bouche : comment êtes-il parvenu à faire la différence ? « Ce qu’il faut pour percer aujourd’hui, » explique-t-il, « c’est avoir une spécialité. Après une école, on sait à peu près tous écrire. Le ‘truc’ en plus, c’est de savoir quoi écrire, avoir de vraies connaissances dans un domaine précis. » Et le ‘truc’ d’Olivier, c’est la culture. « Depuis toujours je suis passionné de danse, de théâtre, de cinéma. Mes abonnements à l’Opéra de Paris et au théâtre de la ville, mon expérience de galeriste pour la Fiac, ma participation à l’organisation des biennales à Montréal, c’est ça que j’ai pu valoriser. La clé, c’est le ‘background’. »


Cependant, avoir une spécialité ne fait pas tout. Les places sont peu nombreuses et la concurrence est rude. « Il faut se bouger, c’est vital. Moi qui suis timide, j’ai dû me faire violence pour appeler, taper aux portes, rappeler, relancer encore. Bien sûr, il y a aussi un facteur ‘chance’, mais il faut la provoquer.» Une attitude proactive qui a vite payé. Le voilà pigiste régulier des pages « culture » de La Tribune. Mais pas question de s’endormir sur ses lauriers, le statut est précaire. « Il y a toute une meute de pigistes prêts à prendre votre place si vous n’êtes pas dynamique. Il faut être une force de proposition, être en permanence à l’affût de nouveaux sujets. » D’autant qu’il faut aussi chercher à publier dans d’autres journaux. « Même si je fais presque un temps plein à La Tribune, je n’atteins pas le Smic, » avoue Olivier, « alors j’essaye de me diversifier. L’avenir est dans Internet, mais c’est mal payé, on en est encore aux balbutiements. » Pourtant, ce mode de vie semble lui convenir. « Je pourrais travailler dans la com’ et gagner beaucoup. Mais pas question de passer à l’ennemi »lance-t-il goguenard. Et de choisir de voir la précarité de la pige comme une chance. « Je préfère la pige au travail dans une rédaction. Je choisis mes sujets, j’organise mon travaille comme je veux : c’est la liberté. »


Forts des conseils d’un « ancien », les étudiants semblent prêts à tenter l’aventure.

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