mercredi 3 janvier 2007

Portrait : Hugo Chavez, homme fort de l'Amérique Latine




Figure controversée à l’étranger comme à l’intérieur de son pays, Hugo Chavez l’a pourtant une nouvelle fois emporté sur ses adversaires en se faisant élire pour un troisième mandat à la présidence du Venezuela, le 3 décembre 2006. En recueillant 63% des voix, avec une participation de 75%, le président vénézuelien, au pouvoir depuis 1998, a été conforté par les urnes, comme il l’avait auparavant été par l’armée et surtout par la rue.
Le chemin vers la légitimation a en effet été long pour l’ex-militaire, en dépit de victoires constantes dans les urnes depuis huit ans, sans fraude avérée. Bien que l’homme soit rompu aux batailles politiques, c’est avant tout le soutien populaire qui lui a permis d’assouvir ses ambitions. Le « petit peuple » a en effet été l’artisan de son accession, puis de son maintien au pouvoir, notamment en faisant avorter un coup d’état contre lui en 2002 (au cours duquel l’armée s’est également ralliée à lui), ou en mettant en échec le référendum demandant son départ en août 2004. Les grands propriétaires et les magnats du pétrole ont en effet cherché par tous les moyens à se débarrasser du dirigeant charismatique, qu’ils considèrent imprévisible et dangereusement populiste. Cette nouvelle élection présidentielle a en elle-même posé la question d’une possible dérive autoritariste, puisque pour y participer, Hugo Chavez a fait modifier la Constitution qui n’autorisait jusqu’à lors que deux mandats présidentiels et qu’il a déclaré à cette occasion combien il aimerait être élu à vie.
Toutefois, le président vénézuélien a désormais les mains libres pour approfondir la « révolution bolivarienne » dont il est l’inventeur. Tribun à la parole facile et enflammée, habitué des discours emphatiques à la mise en scène soignée, Hugo Chavez a salué sa réélection du haut du balcon présidentiel au cri de « vive la révolution socialiste !», et dédié sa victoire à son père spirituel, Fidel Castro. Ce grand communicant, qui n’hésite pas à faire usage d’un symbolisme religieux, a ensuite prêché, la main vers le ciel, le « commencement d’une nouvelle ère » et l’avènement d’un « monde nouveau et meilleur », rendu possible parce que « le socialisme est amour ». Provocateur à son habitude, il n’a pas résisté à faire un pied de nez aux Etats-Unis, dont il est depuis quelques temps la bête noire, en déclarant que sa victoire constituait « une autre défaite pour le diable,qui cherche à dominer le monde ». Le président vénézuelien s’est en effet illustré ces dernières années en se présentant, d’abord en Amérique Latine puis à l’échelle internationale, comme le nouveau chef de file de l’opposition à la puissance américaine à mesure que Castro disparaissait de la scène politique.
Si ses opposants voient ainsi en lui un populiste de gauche narcissique et manipulateur, nostalgique de références révolutionnaires aujourd’hui obsolètes, ses partisans le considèrent comme un visionnaire audacieux qui a choisit de lutter contre l’oligarchie de son pays pour y rétablir la justice sociale. Car en dépit de son goût pour les discours colorés, Hugo Chavez est également un homme d’action. Outre la nationalisation de l’exploitation pétrolière à l’origine de l’ire des magnats du pétrole, il prône une forte incursion de l’Etat providence dans de nombreux domaines et la redistribution des revenus pétroliers par des programmes sociaux. Réforme agraire, effort d’alphabétisation, approvisionnement en produit de base à des prix subventionnés, les « missions bolivariennes » de Chavez se veulent délibérément une main tendue vers son électorat populaire, dans un pays où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Si l’amélioration des indicateurs sociaux est difficilement quantifiable, et si le pays reste marqué par la criminalité et la corruption , le pragmatique Chavez profite pour le moment de la flambée des prix du pétrole pour financer sa « révolution ». A la tête du pays d’Amérique latine à la plus forte croissance économique, sur un continent sujet à une vague de la gauche anti-américaniste qui semble l’avoir choisit pour modèle, Hugo Chavez est désormais en position de force pour imposer ses idées au niveau régional et peser sur la scène internationale.

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