lundi 15 janvier 2007

Radio short : Somalia


American officials have admitted that the US air strike on south Somalia had missed its main target of three senior al-Qaida members, The Independent reports.
On Friday, US officials had widely advertised that the attack had been ”surgical”. Its aim was to kill three men allegedly involved with the bombing of the US embassy in Nairobi in 1998.
At least ten people have been killed in the raid. American officials have recognized that neither Fazul Abdullah Mohammed, the alleged mastermind behind the bombing, nor his two accomplices are among the victims.
A controversy is now rising as local Somali officials claim the ten casualties were civilians. US officials deny, insisting the people killed were all Islamist allies of Al-Qaida.

Radio short : The King


The King may be dead, but the legend lives on !

This weekend, no true fan was going to miss the 30th celebration of Elvis’ death. More than six thousands Elvis Presley fans, performers and impersonators from around the world have descended on a small country town in New South Wales for the occasion, The Times reports.

Many visitors travelled to the festival on the Elvis Express.The train journey offered serenading Elvis and competitions for the best- dressed passengers.

Thirty years later, his fans still “love him tender”.

jeudi 11 janvier 2007

Portrait : Culture et indépendance


A 28 ans, Olivier Le Floc’h est pigiste régulier pour les pages « culture » de La Tribune. Une position qu’il a su conquérir avant même la fin de son master de journalisme. Une exception dans le marasme actuel qui touche la profession.

Perché sur un coin de bureau de l’université de Censier, Olivier Le Floc’h regarde avec bienveillance les étudiants assis sur les chaises que lui-même occupait il y a moins d’un an. Etudiants qui partagent sans doute la crainte qu’il avait alors. Face à une presse écrite sinistrée, à l’heure où Libération se bat pour sa survie, peut-on encore réussir à faire sa place ? Et voilà que se tient devant eux quelqu’un qui réussit à vivre de son métier, et cela dès la fin de ses études, sans passer par une suite sans fin de stages souvent non rémunérés. Tous n’ont qu’un question à la bouche : comment êtes-il parvenu à faire la différence ? « Ce qu’il faut pour percer aujourd’hui, » explique-t-il, « c’est avoir une spécialité. Après une école, on sait à peu près tous écrire. Le ‘truc’ en plus, c’est de savoir quoi écrire, avoir de vraies connaissances dans un domaine précis. » Et le ‘truc’ d’Olivier, c’est la culture. « Depuis toujours je suis passionné de danse, de théâtre, de cinéma. Mes abonnements à l’Opéra de Paris et au théâtre de la ville, mon expérience de galeriste pour la Fiac, ma participation à l’organisation des biennales à Montréal, c’est ça que j’ai pu valoriser. La clé, c’est le ‘background’. »


Cependant, avoir une spécialité ne fait pas tout. Les places sont peu nombreuses et la concurrence est rude. « Il faut se bouger, c’est vital. Moi qui suis timide, j’ai dû me faire violence pour appeler, taper aux portes, rappeler, relancer encore. Bien sûr, il y a aussi un facteur ‘chance’, mais il faut la provoquer.» Une attitude proactive qui a vite payé. Le voilà pigiste régulier des pages « culture » de La Tribune. Mais pas question de s’endormir sur ses lauriers, le statut est précaire. « Il y a toute une meute de pigistes prêts à prendre votre place si vous n’êtes pas dynamique. Il faut être une force de proposition, être en permanence à l’affût de nouveaux sujets. » D’autant qu’il faut aussi chercher à publier dans d’autres journaux. « Même si je fais presque un temps plein à La Tribune, je n’atteins pas le Smic, » avoue Olivier, « alors j’essaye de me diversifier. L’avenir est dans Internet, mais c’est mal payé, on en est encore aux balbutiements. » Pourtant, ce mode de vie semble lui convenir. « Je pourrais travailler dans la com’ et gagner beaucoup. Mais pas question de passer à l’ennemi »lance-t-il goguenard. Et de choisir de voir la précarité de la pige comme une chance. « Je préfère la pige au travail dans une rédaction. Je choisis mes sujets, j’organise mon travaille comme je veux : c’est la liberté. »


Forts des conseils d’un « ancien », les étudiants semblent prêts à tenter l’aventure.

Portrait : To read or not to read


The street is buzzing like a swarm of bees. Under the Christmas lights, dozens of busy people, their arms full with parcels, enter and exit the adorned shops of the rue Oberkampf, a famous street of eastern Paris. It is 6.45 pm on Christmas eve, and the clock is ticking. Amongst all this hustle, a figure stands still, leaning against a newspaper kiosk. His arms crossed resting on his round stomach, wearing a checked cap and an impressive moustache, the newspaper seller watches the scene with a keen eye. “The news is not the first priority today. Nobody cares what is going on in the world” he says under his breath, before starting to rearrange newspapers in a single pile.

Roger, 62, has been a newspaper seller for nearly 40 years. “I was 15 when I first started working,” he proudly says, “I woke up before dawn and took my bicycle to deliver newspapers to the kiosks. It was hard, the stacks were sometimes almost heavier than I was, but they had to be delivered, no matter the weather, no matter what. And we didn’t count our working hours.” Yet, Roger has never regretted this time of his life, from which his passion for his work was born. “I watched the newsstand keepers, their heads almost disappearing behind stacks of newspapers,” he reflects with a distant look, suddenly blind to the excitement of the street. “They would sit there, sometimes light a cigarette in spite of the ban, only disturbed by a customer from time to time. I was crazy about reading and I thought how wonderful it would be to spend the whole day reading about the world, sport, fashion, whatever subject my mood would call upon.” His breath is quite short now, as he pushes the one huge pile inside the kiosk. “Of course, it had nothing to do with what the job truly was, and even less with what it is now”, he resumes, a melancholic smile lingering on his lips. “The hours spent in a restricted space, the loneliness, the routine, it can really weight on you sometimes”, he confesses. Then, lowering his voice as if he feared that saying it loud would make it come true, he talks about the disappearance of the traditional kiosks, the big firms like Hachette, which standardized “Relay” kiosks are now everywhere, killing the business. “They shut kiosks all over Paris. People don’t read anymore. There are less and less kiosks, but also less and less youth willing to take over. I don’t blame them. In my days, I knew I wouldn’t have a grand lifestyle, but this job was enough for a simple man. We were part of people’s lives, the customers were friends who would come everyday, stop for a chat. Now, you can’t live decently with a salary like mine, and the customers don’t even say ‘hi’”.

The melancholic smile has turned into a bitter one. Suddenly shy, he turns towards the kiosk and pulls down the metal shutter. A man has been standing nearby for a couple of minutes. Freeing one of his hand from his parcels, he lays it on Roger’s back : “We won’t let you disappear, Sir, you’re part of Paris’ soul. Thank you.” As he gets up, a smile reappears under Roger’s moustache. “And that is what keeps me going. Merry Christmas” he says, before vanishing in the night.

mardi 9 janvier 2007

Compte-rendu : Concert


La salle est peu à peu plongée dans la pénombre. Un retardataire tâtonne jusqu’à son siège. Derniers froissements de programmes, derniers murmures étouffés. Puis le silence, éveillé, attentif, impatient. Une douche de lumière inonde soudain la scène. Instruments à la main, la procession en habit s’avance au rythme des claquements de talons qui résonnent. Une vague d’applaudissements monte, enflant à l’entrée du chef d’orchestre, déferlant en cascade lorsque s’avance enfin, droit comme un «i », l’homme au violon.
Ce soir, sous la direction de Jean-Yves Ossonce, l’orchestre symphonique Région Centre-Tours ouvre sa saison au Vinci, en compagnie du violoniste Olivier Charlier.
La baguette du maestro s’envole dans les airs, y reste un instant suspendue. La salle retient son souffle. D’un geste ample, l’archet du violoniste vient se positionner en apesanteur, juste au dessus des cordes. Figure longiligne, silhouette romantique en queue de pie, le violoniste prend un profonde inspiration puis fait signe au chef d’orchestre. La baguette prend vie.
Poésie crépusculaire, les premières notes diaphanes du nocturne d’Henri Dutilleux emplissent la salle, soulèvent les coeurs. Olivier Charlier ne joue pas de son instrument, il le caresse. Par la grâce de son mouvement, l’homme et le violon se fondent pour ne faire qu’un. Des tonalités sombres de Dutilleux au flamboiement du 3ème concerto de Saint-Saëns, les notes pèsent ou caracolent, le violon met son âme à nu. A la fois précis et fluide, expressif sans être grandiloquent, profond et virtuose, le son d’Olivier Charlier touche juste, et c’est la corde sensible qui vibre. Chose étrange que cet homme qui se tient debout, seul, et qui pourtant fait corps avec l’orchestre. Alors que sur son pupitre, le maestro poursuit sa danse tantôt syncopée, tantôt ondulée, attentif à chaque mouvement d’archet, chaque souffle, chaque percussion, le soliste au visage quasi inexpressif semble à l’écoute d’une musique intérieure.
Puis ce sont de longs sanglots que fait rouler l’archet, le flux et le reflux de la vie et de l’agonie viennent se briser sur les murs de la salle. Porté par la puissance de l’orchestre, le violon d’Olivier Charlier fête la vie pour mieux pleurer la mort, donnant toute sa mesure à la symphonie « Pathétique » de Tchaïkovski. Les accents slaves résonnent, de la complainte au déchirement final dans un crescendo littéralement « terrible ».
Dernier coup de baguette, l’ultime note se prolonge, emplit l’air et plane encore quelques instants. Moment figé d’éternité. Puis c’est l’explosion. L’ovation du public qui n’en finit plus. L’orchestre se lève, salue, Jean-Yves Ossonce et Olivier Charlier font de même. Une brève inclination du buste, un léger sourire tout en simplicité, à l’image des deux heures de musique où l’immense travail se déguise en une déconcertante facilité. « Sublime », « Eblouissant », les adjectifs semblent manquer aux auditeurs conquis. Malgré la scène vide, les spectateurs ont peine à quitter leur fauteuil, tentent de faire durer le plaisir. Certains restent silencieux, comme encore à l’écoute ; d’autres, en petits groupes, éprouvent le besoin de partager leur ressenti.
Avec un tel prélude, la saison de l’orchestre Région Tours-Centre démarre « allegro-vivace ».

mercredi 3 janvier 2007

Published in French press / Publié dans la presse


Published in the French weekly L'Express / Publié dans L'Express :

L'Express du 18/10/2004
JO 2012
Soutien vert pâle, par Laura Martel

Les élus écologistes parisiens et franciliens sont très partagés sur la candidature de la capitale aux Jeux olympiques.

... more on L'Express website http://www1.lexpress.fr/info/france/dossier/delanoe/dossier.asp?ida=429913


L'Express du 08/11/2004
Législation
"Politiques au pressoir" par Laura Martel

Les producteurs de vin ont su agir en lobby expérimenté et puissant pour que soit modifiée la loi limitant la publicité sur l'alcool.

... more on L'Express website http://www.lexpress.fr/info/sciences/dossier/alcool/dossier.asp?ida=430246&p=2


L'Express du 09/05/2005
Enquête
Chirac jugé par ses enfants par Christophe Barbier, Prune Antoine, Anne Denis, Saïd Mahrane, Antoine Mariotti, Laura Martel, Nelly Schumacher

De 16 à 28 ans, ils sont la génération Chirac, qui s'est éveillée à la politique sous sa présidence. Ils font le bilan de ses dix ans à la tête de l'Etat. Verbatim

... more on L'Express website http://www.lexpress.fr/info/france/dossier/chirac/dossier.asp?ida=432990


Published on Truthout website / Publié en anglais sur le site Truthout.
Interviews I originally made for the website of the French weekly Le Nouvel Observateur
Interviews faites pour le site du Nouvel Observateur


"The Stakes in the Election Were Not Chavez Himself":
3 Questions for Maurice Lemoine
By Laura Martel
Le Nouvel Observateur
Monday 16 August 2004

Maurice Lemoine is Assistant Editor-in-Chief at "Le Monde Diplomatique", a Latin American specialist, and author of "Central America, the Esquipulas Castaways" (2002, L'Atalante)

....more on Truthout website http://www.truthout.org/cgi-bin/artman/exec/view.cgi/31/5786


"We are Far from Having to Run Away"
By Laura Martel
Le Nouvel Observateur

Monday 19 July 2004

Interview of Yonathan Arfi, President of the French Jewish Student Union (UNEJ)

...more on Truthout website http://www.truthout.org/cgi-bin/artman/exec/view.cgi/32/5315

Compte-rendu d'audience : Un cas pour deux


Au départ, ils sont deux dans le box des accusés. Deux grands gaillards, le Blanc en jogging noir, le Noir en jogging blanc. Hervé Daustaïs et Yves Fayes. Le regard dans le vague, ils ont l’air de ne pas savoir pourquoi ils sont là. Ce sont pourtant des habitués.
« Dossier n°8 » annonce le greffier. La juge attrape un dossier de la pile qui la masque presque, y jette un coup d’oeil, se tourne vers ses assesseurs. « Encore une belle paire » dit-elle avec humeur. D’une voix forte, elle interpelle les accusés et ironise sur leur peu glorieux palmarès. « Monsieur Daustaïs, vous avez été jugé à 12 reprises. Monsieur Fayes fait encore mieux, 24 inculpations depuis 1996. Vous vous êtes trouvés.» Sous les murmures consternés de la salle, elle égraine la litanie des faits pour lesquels les accusés se sont déjà distingués : port d’arme prohibé, vol en réunion, dégradation, coups et blessures. « Et je n’ai pas le temps de faire la liste complète », conclut-elle.
Cette fois, les deux récidivistes sont présentés en comparution immédiate devant la 23ème chambre correctionnelle de Paris pour vol avec violence. Complètement ivres, ils ont agressé dans la nuit du 4 décembre un homme avec un tournevis pour lui prendre portable et carte de crédit. Alors qu’elle évoque la personnalité des accusés, avec les mots « précarité », « alcoolisme » ou « RMI » en leitmotiv, l’avocat commis d’office entre en conciliabule avec Fayes, puis se met à griffonner avec frénésie.
Deux minutes plus tard, tandis que Daustaïs explique qu’il lui est impossible de travailler parce qu’il a une broche au tibia, l’avocat se lève et remet une feuille au greffier. La juge s’interrompt, agacée. Le greffier vient lui parler à l’oreille. « Des conclusions, comment ça des conclusions? » tonne-t-elle. Dédaigneusement, elle tient la feuille entre deux doigts. « C’est du gribouillage Maître, et inutilisable puisque non visé par le greffier. » L’avocat bafouille, un cas repris au pied levé, une information de dernière minute. Le greffier finit par valider le papier d’un coup de tampon. Il passe de main en main, la juge s’insurge, en appelle à ses assesseurs, la salle s’impatiente. « Qu’est-ce que c’est que cette histoire Monsieur le procureur ? », fulmine-t-elle en se levant, « le tribunal va devoir délibérer ». Incompréhension du public, il faut quitter la salle.
Dix minutes plus tard, le mystère est levé. Le procureur a inculpé Fayes depuis exactement 20 heures et 15 minutes. Soit 15 minutes de trop. Le délai pour une comparution immédiate est dépassé. Interdit, Daustaïs voit en quelques minutes son acolyte se faire retirer les menottes et partir libre du tribunal. « Ne vous réjouissez pas », prévient la juge devant le sourire de Fayes, « c’est reculer pour mieux sauter, vous serez à nouveau inculpé sous peu.»
D’abord désarçonné, Daustaïs se rend vite compte de l’intérêt de se retrouver seul dans le box. L’idée du vol ? « Fayes ». Le tournevis ? « Fayes encore ». Et l’agresseur de se transformer en bon Samaritain. « J’suis même intervenu quand j’ai vu que Fayes dégénérait sur le monsieur, j’ai aidé, la vie de ma mère. » « En lui volant son portable ?», ironise la juge.
Le commis d’office tente tant bien que mal de défendre son client. La prison ne lui a apparemment pas été bénéfique jusqu’à lors. « Le problème c’est l’alcool, ce qui lui faut, c’est une injonction de soin » plaide-t-il.
Mais le casier de l’accusé pèse bien lourd dans la balance de Dame Justice. Six mois ferme sur les huit requis par le procureur, et un mandat de dépôt. « C’est pas parce que l’un est un peu moins abjecte que l’autre qu’il doit passer pour un saint » conclut la juge. Ce soir, Hervé Daustaïs dormira en prison, seul.

Chose vue : La raison du plus fort


Tel un petit animal noir et efflanqué, ses gestes sont furtifs, ses sens aux aguets. Elle semble prête à s’enfuir à la moindre alerte. Rapidement mais consciencieusement, elle gratte, fouille remue. Les odeurs nauséabondes qui s’échappent des détritus déplacés font plisser son nez de musaraigne. Elle creuse toujours plus profond, indifférente aux regards compatissants ou indignés des voyageurs, sourde au brouhaha des éclats de voix, des valises heurtées, du haut parleur nasillard, de ce fourmillement qui emplit la gare du Nord à l’heure de pointe. Légèrement à l’écart de la cohue, la poubelle métallique est là, plantée au beau milieu d’une allée. A force de se pencher sur ses larges bords, la fillette disparaît presque à l’intérieur. Soudain elle relève la tête, jette subrepticement un regard alentour et d’un bond se retrouve sur ses pieds. Elle s’assoit, se recroqueville contre la poubelle, et scrute une dernière fois les environs avant de se concentrer sur sa main, qu’elle ouvre doucement. Au coeur de la paume noircie, un reste de barre chocolatée. Elle l’enfourne à toute vitesse, puis les yeux fermés, mâche lentement, le plus lentement possible. Son petit corps semble enfin se détendre. « Qu’est-ce que tu fous là ? » tonne une voix rauque dans un anglais approximatif. Un homme bedonnant se dirige vers elle aussi vite qu’il peut, soufflant et crachant comme une locomotive. Aussitôt, elle est sur pied. Elle pourrait sans aucun doute le prendre de vitesse mais elle reste là, plaquée contre la poubelle, comme tétanisée. Il fulmine. « C’est dégueulasse ce que tu fais, t’es dégueulasse. Et si tu veux bouffer, t’as qu’à travailler. Tu crois que c’est en restant près des poubelles que tu vas te faire de l’argent ? Tu crois que je vais te payer à rien faire ? T’as intérêt à retourner au boulot illico ! Elle est où ta carte ? » La petite sort une carte écornée d’un sac de toile. Sa main tremble mais lorsqu’elle relève la tête, le regard qu’elle pose sur l’homme est dur comme l’acier. Sans ménagement, celui-ci la pousse vers la foule. Alors que la fillette se faufile entre les voyageurs, l’homme repart en grommelant : « Même pas foutu de parler français. » Devant l’Eurostar, la petite a perdu toute vivacité. Elle va de l’un à l’autre comme un automate, demandant d’une voix désincarnée « Do you speak English ? », avant de tendre sa carte, puis la main. De la plateforme supérieure, l’homme la surveille.

Chose vue : Parfum d'opprobre


On l’entend arriver avant même de la voir. Claquements de talons, cliquetis de bracelets, froufrous d’étoffes. On la sent arriver avant même de la voir. Couvrant les odeurs moites de sueur et d’urine, les lourdes effluves de Channel n°5 s’engouffrent dans la rame. Une bottine ourlée de fourrure, un pan de foulard Hermès, des cheveux d’un jaune douteux ; de sa main manucurée à peine visible sous les pierreries, elle baisse le strapontin du métro et s’assoit avec un soupir forcé. Il est huit heures, le train passe de tunnels en tunnels, elle garde ses lunettes noires. Elle regarde alentours, s’attarde sur une jupe, sans doute trop vulgaire, des baskets, sans doute trop usées, marque sa désapprobation d’une moue exagérée. Un chauffeur malade ? Une pénurie de taxis ? La voilà forcée de frayer avec le bas peuple dans les entrailles de Paris.
Les freins crissent, la rame s’arrête. « Montparnasse Bienvenüe » annonce la voix métallique. Les portes s’ouvrent.
On l’entend arriver avant même de le voir. Voix alcoolisée, incohérent soliloque, jurons étouffés. On le sent arriver avant même de le voir. Couvrant les lourdes effluves de Channel n°5, des odeurs moites de sueur et d’urine s’engouffrent dans la rame. Imper usé jusqu’à la lime, visage sale, accordéon centenaire ; de sa main aux ongles rognés, il retient les portes et se hisse à l’intérieur avec un soupir fatigué. Avec des gestes mesurés, il passe les vieilles lanières de cuir craquelé sur ses épaules, comme pour embrasser son instrument. La joue posée sur son accordéon, il fait jouer le soufflet : l’homme et l’appareil prennent leur respiration avant de s’élancer. Une voix éraillée sur des notes discordantes. Les conversations cessent. L’homme et l’instrument sont trop usés. Le nez froncé, la bouche pincée, recroquevillée pour ne pas qu’il la frôle, elle tente d’occulter jusqu’à son existence.
« Rennes ». Les freins crissent, la rame s’arrête. Ils sortent. Les portes se referment. A l’intérieur plane encore l’improbable parfum de leurs odeurs entremêlées.

Emission TV : Drame en un acte


Une alarme stridente retentit, rompant le calme relatif qui régnait dans le grand hall de la Maison de la radio. Une vingtaine de têtes pivotent vers les portes tournantes. Piégées à l’intérieur, deux quadragénaires aux joues empourprées piaffent d’impatience. Dans leur hâte, elles n’ont pas respecté la règle, elles ont poussé le battant. La sirène s’interrompt, les portes tournent enfin. Elles s’engouffrent dans l’interstice et s’avancent précipitamment vers le petit groupe qui attend à l’accueil. Soudain conscientes du bruit de leurs talons sur le carrelage et des regards braqués sur elles, elles ralentissent et se glissent en queue de peloton. Réajustant une boucle rebelle, la blonde glisse à la rousse, dans un murmure essoufflé mais ravi: « c’est bon, y a pas trop de monde, on va pouvoir voir Jean-Luc .» Une hôtesse tirée à quatre épingles s’avance : « Pour ‘Toute une histoire’, c’est par ici. »
Le studio est encore plongé dans la pénombre. Alors que le groupe prend docilement sa place sur des marches peu confortables, des murmures réprobateurs se font entendre à l’arrière , où les deux retardataires jouent des coudes pour accéder au premier rang. Soudain, une lumière crue inonde le studio, les yeux se plissent. Soupirs désappointés, toujours pas de Jean-Luc. « Attends, avec cette lumière, il nous faut plus de blush ».Alors que les deux groupies en chemises bariolées s’apprêtent, une jeune femme, casque-micro vissé sur la tête, vient haranguer le public. Aujourd’hui, « Les histoires d’amour brisées en vol » : un homme dont la femme meurt le jour de leur mariage, une femme enceinte dont le mari se suicide ; alors pas de rires, pas de bavardages, des mines « en accord avec le sujet » si possible. Et des applaudissement après chaque reportage, ou sur le signe du monsieur debout à gauche. Et pas de regards caméra.
Au premier rang, une main se lève. « On va passer à la télé ? » Sourire forcé de la jeune femme, « c’est possible madame, mais il faut pas regarder la caméra, hein ? ».
Les vingt minutes de patience supplémentaires finissent par payer. La rumeur se répand comme la poudre, les cous se tordent. « Je l’ai vu, il arrive, Jean-Luc arrive » glousse la rousse. « Chut !» réprobateurs.
Costume impeccable, front plissé, une main sur l’oreillette, l’homme pressé tant attendu, fiches à la main, fait son entrée dans un silence religieux. Hochement de tête. Sourire N°32. « Bonjour à tous. Nathalie vous a briefés. Suivez les instructions. On va passez un bon moment. » Alors qu’il va quitter le plateau, son regard expert s’arrête sur le premier rang. Deux groupies retiennent leur respiration, le visage en feu. Claquement de doigts, regard sévère. « Nathalie, aujourd’hui, sujet sérieux. Ces chemisiers de couleurs derrière les invités, c’est pas possible. Elles passent au fond. » Deux bouches s’ouvrent, aucun son ne sort. Sur un geste de Nathalie, les deux groupies déconfites rejoignent le dernier rang, tête basse. Elles sont tellement mortifiées que le reste du groupe, auparavant agacé, compatit. « Et n’oublie pas les mouchoirs pour les invités » lance Delarue en regagnant les coulisses, ignorant qu’avant même le début d’émission, le drame a déjà eu lieu.